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MY OWN PRIVATE ALASKA - "EP"



1. Die For Me (If I Say Please), 2. Page Of A Dictionary, 3. Ego Zero, 4. Kill Me Twice, 5. I Am An Island 6. First Steps


M.O.P.A, « Three sitting guys » ou la quintessence d'un groupe en pleine introspection avec Yohan à la batterie (Aeria Microcosme), Milka au chant (Agora Fidelio, Psykup) et le mystérieux T au piano. En mai dernier, le label Division Records a sorti la reissue de l'EP de 2007, l'occasion pour les retardataires de se procurer leurs morceaux à la croisée du screamo et de la musique classique. Tout un univers visuel et émotionnel à découvrir sans tarder. Pour l'actualité, M.O.P.A peaufine actuellement son premier album.

Indépendamment de sa formation peu courante: voix/piano/batterie, l'un des attraits majeurs de M.O.P.A est de proposer une ambivalence entre la beauté classique et un hardcore lyrique (on peut penser à Asidefromaday ou encore Impure Wilhelmina qui utilisent également un chant screamo). Cette alliance étonnante a donné naissance à des morceaux de l'entre-deux, sur deux tonalités distinctes mais complémentaires. Durant les concerts, la distance entre le public et les musiciens (tous trois assis) fait d'ailleurs partie de la mise en scène, comme s'ils ne nous étaient pas violemment offerts à la dégustation mais dévoilés avec une certaine réserve. Voyage à travers six titres marqués par un intime exprimé en un duo des contraires (cris et virtuosité classique). Avec ces trois-là nous sommes loin de la musique doucereuse qu'on écoute les pantoufles aux pieds ou passivement installé dans un fauteuil, mais à ciel ouvert, la peau écorchée et l'introspection en étendard.

Un piano, une batterie et une voix à des lieux de la sérénité. Quelque chose entre un Aaron monstrueux et un Chopin couplé à la créature Will Haven. L'EP débute par Die for me (If I say please) en un sublime duo piano/batterie avant que Milka n'entame une demande de pardon et parle du faible espoir d'une réciprocité, Would you die for me? Would you sacrifice? On the second day I'll bring you flowers. Une conquête entre deux êtres avant la déception annoncée. Cette voix a de la gueule, aspire, expire et éjecte des volets de sons éraillés et sauvages. Doucement et plus ou moins tempérés, les mots s'effilochent au fil des textes pour augmenter la tension de l'âme torturée. Au milieu du champ de bataille des sens et des sentiments, l'image de l'Alaska nous enfonce davantage dans l'intime, comme une plongée dans le froid brutal de la sauvage nature. Il y a le risque de fuir à l'écoute de la voix saturée, la musique restera alors opaque, un bloc d'obscurité alors que le piano et la batterie valent à eux-seuls leur pesant d'émotions. Dans Kill me twice le contraste est particulièrement fort entre la voix et une fugue limpide à la Chopin, une traversée douce et mélodique que suivra une accalmie vocale ainsi que plusieurs passages en chant clair, ovnis dans un EP qui n'en contient pas. Les reproches pleuvent à mesure que le morceau progresse. You were supposed to love me, You were supposed to play a part, You were supposed to talk, to reinvent, to kiss or kill. Il est l'un des sommets de l'EP, à l'image des paysages vertigineux et des gouffres de l'Alaska.

Pour ne rien gâcher, les compositions au piano sont magnifiques, avis aux amateurs de Chopin, de Bach ou plus largement de Yann Tiersen (voir Comptine d'un autre été) qui ne pourront qu'apprécier les compositions fluides de T. Le piano qui reste un instrument catégorisé « classique » ne dément pas ses origines avec M.O.P.A et nous rapproche des BO de films aux ambiances solennelles et spirituelles qui jouent pour beaucoup dans l'appréciation d'un long-métrage. On pense à Philip Glass ou à Danny Elfman (une des influences déclarées de M.O.P.A) mais comme le trio ne fait pas dans le plagiat (je sortirais bien le nom du groupe qui pompe tous les riffs d'untel, mais non) M.O.P.A ne se contente pas d'ambiances, mais traite des deux moyens d'exprimer un sentiment: de façon délicate (piano et batterie) et violente (chant). « Le fabuleux destin d'Amélie Poulain » résonne dans nos mémoires grâce à Yann Tiersen et ses douces ballades, alors qu'avec M.O.P.A l'angoisse est omniprésente et le film « My Own Private Idaho » (de Gus Van Sant) change de lieu pour une fouillée dans les cordes graves et souffrantes de Milka. Pourquoi cette symbiose étrange entre un chant hurlé, une batterie doom et aérienne, et un instrument aussi classique que le piano? Pour échapper à la facilité peut-être, pour sortir du lot? Sûrement (qui n'en rêve pas?). Tout est fait pour focaliser notre attention sur les mots. Alors, ça parle de quoi?

Via un processus vieux comme le monde, l'EP apparaît comme une catharsis pour le trio. La tragédie à la M.O.P.A ressemble à des mots mis à mal qui mettent la souffrance sur le devant de la scène en la disséquant. Trois interprétations différentes: par le langage (tous les textes sont en anglais), un tempo aérien et la mélodie classique du piano. Quant au pourquoi d'une voix éraillée couplée à la beauté de compositions propres et introspectives on comprend qu'il s'agit de donner de l'importance aux émotions et à l'écriture, d'interpeller. Cet EP éblouit par sa richesse et on ne peut qu'attendre impatiemment le futur album (Merci Ross Robinson). Le tout n'a rien à voir avec le souci de s'affranchir de groupes comme Aaron ou The Dresden Dolls. La voix claire a pris le large, perdue dans les vastes plaines de l'Alaska, dans les bois dans lesquels elle a mué. Le souffle de la civilisation est redevenu sauvage et indompté.

La seule barrière réside dans ce chant screamo a priori incompatible avec le sublime qui émane du duo instrumental. A priori seulement, car à y regarder de plus près ce chant vorace et féroce qui délivre ses peurs et déceptions pourrait être la bande-son de textes romantiques garants d'une littérature de l'âme. Les mots ne pouvaient donner qu'une peinture descriptive des tourments de l'homme et la détresse restait un cri qu'on ne pouvait qu'imaginer à la lecture. Le sublime et l'aura classique qui émanent de M.O.P.A affirment la légitimité du sentiment douloureux à être inscriptible sur tout support. Sur le CD, l'authentique parole torturée se libère dans un contexte intimiste et rassurant créé par le piano et ses compositions nettes et propres. Comme le pianiste Glenn Gould apportait un surplus délectable à la musique déjà parfaite de Bach avec une finesse saisissante, My Own Private Alaska réinvente le cabaret rock, loin des atours punk de The Dresden Dolls et du flux dominant. Le groupe se fait voix d'une littérature, d'une foi en l'expression telle qu'elle se ressent au fond de soi. Violente, la jalousie serre la gorge, la gonfle de souffrance, ce que Milka traduit parfaitement dans le choix d'un screamo qui balance entre les crescendo et decrescendo brutaux. La moindre parcelle de ses mots résonnent clairs et concis, Ego Zero Let's run away from me Don't come to me little princess Running away. Vous voilà avertis, la douleur a sorti ses griffes. Se tenir à l'écart et le clamer avec rage. I am an island, Everybody hurts and everybody cries – I am an island. It's not a song it's just fucking reality. Quelqu'un a le blues? Ce trio, oui, incontestablement, un blues romantique à la sauce hardcore. Trois âmes éviscérées.

Les non-amateurs de screamo regretteront le choix du trio pour la saturation vocale, mais à l'écoute des textes on comprend qu'il s'agit d'un choix cohérent avec l'art indicible de dire les souffrances, de décrire le gouffre et la mort: I am an island, Did you know a man killed his own family, If I don't kill myself, it's cause I've already left. Les complaintes de l'âme pourront en rebuter plus d'un, musique exutoire face à un symptôme bien connu des poètes. Le spleen et sa bile noire ne sont pas arrêtés avec Baudelaire. I am an Island débute en une fugue accélérée et puissante, le chant en crescendo est viscéralement éveillé. Il n'est plus maladif et mourant mais le cri d'un dernier coup de gueule à l'aide d'un piano en spirales et d'un mezzo renforcé d'a-coups brutaux donnés sur le clavier. A la fin du morceau on perçoit un growl de fond, puis des hurlements jusqu'à l'extinction.
Un piano animé par un air de fugue, une batterie en soutien, l'osmose, alors même si le chant brisé n'est pas forcément accessible, les cris de Milka sont parfaitement orchestrés et insérés intelligemment au sein de ce trio de feu. Il ne donne à aucun moment l'impression d'être un intrus. Bouillonnante et plaintive, la voix s'échelonne par dessus un piano incessant. Des trois instruments c'est celui qu'on retiendra en priorité devant une batterie souvent trop discrète excepté dans Page of a Dictionary dans lequel elle est en duo avec le chant, le piano s'arrêtant alors de jouer. Avec First step on retrouve le 7ème Art pour un morceau purgé de chanteur et une douce entrée en matière opérée par des notes espacées allant du mezzo nostalgique à des descentes plus enjouées dans un solo brillamment mené par T. Le piano est seul. My Own Private Alaska tire sa révérence en laissant une ballade instrumentale se charger des adieux et nous rappeler la beauté des paysages glacés.

Original, désespéré, en marge, M.O.P.A vide son sac avec talent. Certaines oreilles se révèleront attentives et réceptives d'abord charmées par le piano, fil conducteur qui transforme les plus sceptiques en grands attentifs, curieux, piqués soudainement à vif après avoir premièrement grimacé à l'écoute atypique du beau et du laid regroupés. Pour d'autres il faudra plusieurs écoutes avant de se laisser charmer par la bête. Après le choc de la première écoute la bizarrerie prend tout son sens. En concert, on comprend alors la mise en scène des trois musiciens. Three sitting guys, chacun voué à son instrument, chacun enrichissant l'autre de sa complainte propre. Un sublime enragé dont les trois niveaux d'interprétation nous entraînent dans les profondeurs déformantes et agitées de l'intime.


"Le lyrisme de la souffrance est un chant du sang, de la chair et des nerfs", Cioran dans Sur les cimes du désespoir.

Charlotte Noailles.

EDDIE VEDDER - "Into The Wild"



1. Setting Forth 2. No Ceiling 3. Far Behind 4. Rise 5. Long Nights 6. Tuolumne 7. Hard Sun 8. Society 9. The Wolf 10. End Of The Road 11. Guaranteed


Amis lecteurs bonjour !

Pour cette première chronique, je choisis de vous parler de la B.O du film "Into The Wild", de Sean Penn, signé par Monsieur Eddie Vedder, plus connu pour être la voix de Pearl Jam.

Pour ceux qui ont eu la chance de voir le film, vous avez déjà les paysages en tête. Pour les autres, pas de panique, Eddie y remédie très efficacement.

Cet album nous transporte en Amérique du nord, nous montrant plusieurs des magnifiques facettes de ce morceau de continent.

Certains morceaux sentent bon le chalet canadien, le feu de bois et la chemise à carreaux : Guaranteed, où la voix de Vedder nous embarque au fil des arpèges.

D'autres nous font planer au dessus des grandes étendues du Far West : Far Behind, Setting Forth, Hard Sun. Des morceaux puissants et lumineux, en contradiction avec des morceaux plus sombres, comme Long Nights ou The Wolf, où Eddie nous montre que lui aussi peut parler aux loups.

Sans oublier les deux petites perles où l'artiste troque sa guitare folk pour un ukulélé : No Ceiling et Rise.


Pour terminer, je vous garantis que cet album peut s'écouter à n'importe quel moment de la journée, de la semaine ou de l'année, et qu'en général, ça fait beaucoup de bien par où ça passe =).

Profitez bien des liens, et je vous encourage à acheter l'album ! (Ou même à courir voir le film si vous n'avez pas eu ce plaisir)

GENERIC - "Open City"



1. Open City, 2. Pink Lady, 3. Les Folles Avec Les Fous, 4. Le Pont Des Suicidés, 5. Paragraphe, 6. Little Yellow Jacket, 7. You Save me, 8. A-Theme, 9. Comtesse 666, 10. Barbara Slow Motion, 11. Escher, 12. Your Brother Is Dead, 13. Open City (Sub Urban Area)


Generic - Open City

C'est au début de l'année 2005 que Sylvain et Fred, respectivement Loud Sylvain et Furious Fred, fondent Generic, et c'est en 2008 à l'occasion des Eurockéennes de Belfort que je les découvre sur scène et fais connaissance avec leur musique. Je me rappelle de ce duo pour l'intensité qui émane d'eux sur scène, car dès qu'ils se mettent à jouer on plonge aussitôt dans leur jeu de transe, absorbés par leur dialogue furieux et complice mêlant de douces entrées en matière à des parties lourdes et violentes. Sorti en 2007, "Open City" est un premier album qui se veut d'emblée éclectique, ne serait-ce que par les métamorphoses qui se réalisent d'un morceau à l'autre, ainsi que par les atmosphères sombres qu'elles mettent en place. L'album se définit par son obscurité, une caractéristique qui le dessert du même coup, car à la première écoute l'album peut sembler difficile d'accès, pourtant on aurait tort de s'arrêter à la noirceur qui déborde de Generic. Au delà du heavy noise qui semble dévaster la douceur, la basse et la batterie sont soutenues par des visiteurs de passage et constamment renouvelées, car le duo fait émerger le substrat de différents univers qu'il serait difficile de transmettre sans aide extérieure. L'aura de Generic se définit aussi par l'importance de mettre en musique un univers visuel qui nous renvoie à des sentiments et des émotions familières. Generic met en musique ce que le cinéma a mis en image: la peur, les relations humaines, le mystère et les intrigues sombres. D'un morceau à l'autre, le duo basse/batterie se fait notre guide au travers de mutations constantes d'impressions et de ressentis.

Le duo basse/batterie fait débuter son premier album avec le titre éponyme Open City, qui se trouve être davantage une introduction qu'un morceau à part entière. Pré-enregistrée, elle nous permet d'entrer doucement dans l'album avec des notes empruntées à la musique électronique. Pink Lady, le second morceau nous propose ensuite un son radicalement différent, brute et étranger à la douce mise en bouche proposée par Open City. On perçoit alors tout le punch du groupe qui se défonce avec des appuis percutants de Sylvain sur les toms de sa batterie. Ces à-coups se répètent dans le morceau et rythment les hochements de tête qui virent vite en mouvements compulsifs. On entre chez eux sans y faire attention, en se laissant envouté par ce combo singulier. Il y a cette impression de partir sur les rails, comme avec le morceau Little Yellow Jacket où la musique semble d'abord en difficulté, comme enraillée et incapable de fournir un son propre et linéaire. La première impression se confirme vite avec un Loud Sylvain qui porte bien son nom puisqu'il crie d'une voix éraillée, déchirée et irrégulière. Furious Fred l'appuie à la basse avec des lignes de basse étouffées et grinçantes, les doigts se baladant sur les cordes afin de faire gémir l'instrument.

Ces deux là savent jouer sur tous les registres, avec des emprunts à la musique de chambre, douce et enfantine dans Le pont des suicidés, qu'on retrouve aussi avec A-Theme par de doux chocs contre le verre, comme si un enfant s'amusait à faire de la musique en tapant sur les objets alentours. Les multi-effets utilisés dans leur album permet à Generic de proposer davantage que du rock massif. L'absence de guitare et les notes graves utilisés par Furious Fred donne dès l'entrée le sentiment d'une ambiance lourde, que les arrangements permettent d'alléger. La teneur des morceaux tient aussi bien dans le jeu des effets et des voix que dans la musique Live du duo. Avec Les folles avec les fous les instruments ne sont plus seuls à s'allier en un duo rageur et c'est via un duo vocal des deux musiciens que le morceau commence. Dans Comtesse 666 on se trouve cette fois en plein cauchemar, avec une voix féminine qui semble terrorisée par une présence menaçante.On se croirait même devant son poste de télévision les yeux fermés par la peur, les oreilles percevant l'ambiance d'un film angoissant. Le morceau nous plonge dans un univers tout droit sorti d'un film d'horreur, le 666 nous rappelant par ailleurs l'écho au chiffre du diable. A la fin du morceau, Generic continue son exploration avec un nouveau morceau, comme si le duo cherchait à proposer une visite guidée de différents univers. On plonge dans le roman noir avec Comtesse 666, dans le film de Western avec Escher, mais on trouve aussi la participation ponctuelle de la musique classique avec le rajout d'un violon dans le morceau Save me. L'album porte bien son nom car je trouve l'univers de Generic très imagé. "Open City" semble être une ville de la pluralité, une ville où les mondes parallèles se côtoient. Le duo semble tirer une grande inspiration dans l'audiovisuel, une impression qui résulte du choix de superposer des voix off à leur musique. Dans Paragraphe Generic retranscrit musicalement un dialogue entre un homme et une femme qui semblent tirés d'un vieux film en noir et blanc aux plans troubles ou distants de nous (l'enfance nous paraît appartenir à une autre époque)."Open City" est un support d'images, un album photo ou une série de courts-métrages. Generic nous offre un rock lourd et profond, un groupe inhabituel qui vaut la peine qu'on s'y arrête.

Charlotte Noailles.

RADIOHEAD - "In Rainbows"




S'il est bien une formation musicale qui a influencé ma vie, c'est bien celle de cinq gars d'Oxford plus connus sous le nom de Radiohead. Quoi de plus évident que d'écrire ma première cyber-pige sur leur dernier album.

In Rainbows, disponible depuis le 10 Octobre 2007, est le septième album studio du groupe. Et il est tout aussi inclassable que les précédents; Radiohead oscillant entre le rock, l'electro le plus pur et des vagues trip-hop...
Néanmoins, à la différence des autres, celui-ci possède une histoire qui a fait beaucoup de remous dans le monde de la musique.


Chronique d'un album pas comme les autres :
Nous sommes à la fin de l'été 2005, Radiohead vient de terminer la tournée du sombre et mystique Hail to the Thief; le groupe retourne alors en studio bosser de nouvelles compositions (travail déjà entamé en Février). Pour l'occasion, un blog (Dead Air Space) est fondé, il permettra de suivre pratiquement au jour le jour la progression de l'enregistrement. Jusqu'ici tout va bien. Oui mais...
Mais voila, si le temps compose les saisons, le groupe lui, ne compose rien de satisfaisant. Avril 2006 : Radiohead sort de studio sans leur nouvel album ! Panique chez les fans ! Les rumeurs les plus folles balayent la toile, et l'annonce de The Eraser, l'album solo de Thom Yorke (chanteur du groupe) vient mettre de l'huile sur le feu. Ce dernier tente de rassurer les fans en déclarant que son album solo ne fait qu'aller dans le prolongement du groupe et qu'en aucun cas il ne s'agit de casser le quintet.
1er Octobre 2007 : Jonny Greenwood (guitariste) annonce via leur blog que leur nouvel album sera disponible online sous dix jours et qu'il se nommera In Rainbows, mieux que ça, il rajoute que le prix de l'album sera laissé libre au jugement de chacun. Oui, vous pouviez vous le procurer pour 2€ comme pour mil ! L'annonce réveille l'industrie du disque. Car si l'on s'attendait bien à la sortie imminente de l'album (l'essentiel des pistes traînaient sur le Net depuis des mois, comme 15 Steps, Bodysnatchers, All I Need, Weird Fishes/Arpeggi, Jigsaw falling into Place -déjà jouée depuis quelques tournées sous le nom d'Open Pick- ainsi que Nude -datée de l'époque Ok Computer et remaniée pour l'occasion- ou enfin Videotape) oui, si l'on s'attendait à cet opus, ce qui nous a tous mis sur le derche, c'est de pouvoir en disposer quasi-gratuitement (hmmm, dois-je avouer à quel prix je l'ai payé ? ^^). Qui plus est, en proposant In Rainbows via leur blog, Radiohead se dédouanait définitivement d'EMI, son ancien label et prouvait au monde que des groupes notoires pouvaient très bien se passer de quiconque pour vendre leur musique différemment.
Histoire de permettre aux fans ne disposant pas d'Internet d'acquérir In Rainbows, un accord avec XL Recording donna la possibilité à tous de se faire plaisir chez son dealer de zik' favori dès Janvier 2008. On notera qu'une version double CD collector était disponible, toujours via Dead Air Space, livrée avec deux vinyles bonus et un packtage aux petits oignons pour le prix de 60€ (sic), le tout se revendant aujourd'hui pour 150€...
Ok Camarade, c'est bien beau tout ça, mais cet album, il donne quoi ?

Bien, ce double CD diffère beaucoup de ce que le groupe nous a déjà transmis par le passé. Tellement que la première écoute peut se révéler décevante tant il propose ses sonorités propres et, plus marquant, une ambiance calme. Si chaque album de Radiohead a sa propre atmosphère, celle de In Rainbows se distingue de mélodies très posées. Trop parfois, et l'on avouera sans mal que House of Cards, Videotape, Mk I et Down is the new up sont plus plates que posées. Seules Bodysnatchers, Jigsaw falling into Place et Bangers & Mash (chanson justifiant à elle seule l'achat du second CD : je me souviens encore de l'électrochoc qu'elle constitua au concert de Nîmes le 14 Juin) décollent véritablement. L'aspect serein, tranquille et hautement mélancolique peut être déstabilisant lorsqu'on a l'habitude, en écoutant un album de Radiohead, d'y trouver moult hits dès la première écoute. Effectivement, il faudra certainement revenir et revenir encore à celui-ci pour le savourer pleinement. J'espère aussi que vous ne comptez pas acheter In Rainbows en format CD unique car en ce cas, vous disposerez d'un album très court comparé aux anciens (seulement dix pistes). Un album un peu moins rock, plus mélodique et nostalgique; mais s'il est loin d'être mon album favori du groupe il en demeure un des meilleurs de l'année 2007, et sa place de n°1 aux charts anglais et français lors de sa sortie en CD ainsi que le succès de leur tournée mondiale (qui vient de s'achever) feront sûrement taire les plus dubitatifs fans de la première heure...



In Rainbows I.

1. 15 Steps 2. Bodysnatchers 3. Nude 4. Weird Fishes/Arpeggi 5. All I need 6. Faust Arp 7. Reckoner 8. House of Cards 9. Jigsaw falling into Place 10. Videotape

In Rainbows II.

1. Mk I 2. Down is the new up 3. Go slowly 4. Mk II 5. Last Flowers 6. Up on the Ladder 7. Bangers & Mash 8. Four Minutes Warming

ZERO ABSOLU - "Du vide au néant"


1-A l'aube, 2-Ouverture des sens, 3-Petite berceuse, 4-Tuer parfait, 5-Pas âgés clandestins, 6-Caresser l'indicible, 7-La sève ne coule plus, 8-Noir étincelant, 9-Plonger, 10-Il déserte, 11-Spectacle de clowns, 12-Vie d'ordure, 13- Réveil de bonheur, 14-Ode à la sérénité, 15-Au centre de la lune, 16-Artriste? 17-Folie douce, 18-Des parts de nous, 19-Les faits blessent, 20-Abuela, 21-Mourir de fin



"Du vide au néant" est le premier album de Zero Absolu, et plus précisément de Nak qui s'occupe à lui seul de la composition et des instruments. Sorti en septembre 2007, l'album jette un regard actuel sur la société et ses défauts. Zero Absolu propose ainsi un univers musical à la fois intimiste et violemment engagé. Derrière la beauté d'un rock aérien, le réquisitoire glacial contre l'égoïsme s'enclenche et se répète au fil des morceaux, pourtant sans en irriter l'oreille, celle-ci compatissant à ces criantes vérités. Dans Il déserte, on entend MiLKa dire que "la différence entre les gens est sûrement dans le temps qu'on y passe". Les non-dits éclatent en une poésie hybride, à la fois musicale et sociale. Le monde, les hommes et leur société, tout cet ensemble de corps physiques ou institutionnels est imparfait. Les silences ne sont plus. Tout en nous offrant un rock atmosphérique et expérimental, chaque morceau devient le micro de plusieurs voix, d'hommes, de femmes et même d'enfants. Le chant laisse souvent place aux monologues, aux discours, ou encore à la dispute d'un couple dans le morceau Spectacle de clowns. Les dangers de la télévision, l'indifférence, les lois égoïstes de chacun, le capitalisme, la solitude, "la prison intérieure" (Ode à la sérénité). La peur de l'avenir transparaît dans des discours incisifs, notamment sur l'échec de l'écologie, thème largement évoqué dans Vie d'ordure: "aucune espèce animale ou végétale, aucune race quelconque n'aura été aussi nuisible pour la nature. Seul l'homme est capable de détériorer son environnement pour son seul confort, et cela sans remords. Son égoïsme a atteint un point de non retour. Pourquoi l'écologie est-elle considérée comme la science des rêveurs et non des réalistes?". La voix de Nak résonne ainsi dans une forme de désespoir verbal que viennent appuyer les instruments aux notes planantes, melting pot de rock/electro, de piano parfois, de cacophonie ambiante due à la superposition de cris, de paroles, de murmures.

Intriguée par le nom de Zero Absolu, je découvris que le zéro absolu est le terme qui désigne la température la plus basse qui puisse exister dans l' univers. Nak fige les émotions dans des instants types, des temps de nostalgie, de haine, de déceptions et d'espoirs, et cela en partie grâce à la participation de nombreux guests. Sur les 21 morceaux de l'album, 11 ont été composés avec l'aide de personnes extérieures. Cette polyphonie verbale et instrumentale donne aux morceaux la puissance d'une violente berceuse, entre une musique d'ambiance et un micro rageur. La musique de Zero Absolu propose un choc entre la douceur prédominante des instruments et une puissante cacophonie d'arrière plan. "Du vide au néant" est un album rythmé par des morceaux envoûtants, une musique engagée derrière laquelle la voix sociale résonne sans cesse. Dans Pas âgés clandestins, on entend une jeune femme terminer le morceau par ces paroles: "La question que je te pose c'est si moi je te dis, j'ai de l'énergie à revendre mais je ne veux pas la vendre n'importe comment et je ne veux pas la vendre à n'importe qui, est-ce que tu me dis que je suis une adolescente irresponsable ou est-ce que tu me dis que je suis une adulte?". La musique n'est plus seulement émotion, elle est l'expression d'une voix libre, celle d'une prise de conscience qui pousse à accepter ce regard cynique mais réaliste sur le monde. Se prendre une claque n'a jamais fait de mal à personne tant que celle-ci sert à faire bouger les choses. J'aime beaucoup Zero Absolu, à écouter toutes ces voix bercées dans la musique, on croirait presque qu'il y a là assez de personnes pour le changer vraiment, le monde.
D'ailleurs, Zero Absolu fait un concert le vendredi 28 novembre au Phare à Lyon.

Charlotte Noailles.

BLACK LIGHT BURNS - "Cruel Melody"


1-Mesopotamia
2-Animal
3-Lie
4-Coward
5-Cruel Melody
6-Mark
7-I have a need
8- 4 walls
9-Stop a bullet
10-One of yours
11-New Hunger
12-I am where it takes me
13-Iodine sky






"Limp Bizkit est mort, vive Black Light Burns!". C'est ce qu'aurait fièrement proclamé Wes Borland, guitariste de Limp Bizkit, en quittant définitivement le groupe en 2004. Désormais, Black Light Burns peut sortir de l'ombre du groupe de rap/neo metal.

D'abord relégué au statut de side project et ignoré des critiques et du public en général, Black Light Burns se construit une réputation qui atteint son paroxysme en 2007 avec la sortie du premier album du groupe, "Cruel Melody". Sa sortie aux Etats-Unis fait l'effet d'une bombe sur les fans de Nine Inch Nails et A Perfect Circle, puisque les fans avertis savent que Black Light Burns est aussi composé de Danny Lohner, guitariste de Nine Inch Nails, et Josh Eustis batteur de A Perfect Circle. A eux s'ajoute Josh Eustis qui nourrit le groupe de touches electro, ce dernier étant également musicien au sein de Telefon Tek Aviv.

En réunissant ce beau monde, Wes Borland s'assure une composition de qualité. "Cruel Melody" ne déçoit pas, c'est un album hybride d'une qualité rare dont on apprécie les vertus. Les morceaux vous font littéralement décoller. Entre rage et mélodie céleste, la voix de Wes Borland décroche l'âme pour l'éléver dans des textes à la fois grinçants et accrocheurs. La terreur s'exprime dans le chant par la récurrence du thème de la chair, chair destinée à mourir ou souillée par les émotions humaines. Dans Stop a bullet, le chanteur arrache une plainte à la fois glaciale et suave dans laquelle il confesse le plaisir qu'il a à observer la souffrance des autres. La cadre est posé, le mal être se définit ici par une constante déception vis à vis des rapports humains. Le titre Lie commence calmement, laissant la plupart des instruments au second plan pour laisser au synthé et au chant le soin de poser l'atmosphère, jusqu'à ce que les riffs rageurs du refrain ne prennent la relève avec le chant qui réveille par sa violence. Quand au premier morceau de l'album, Mesopotamia, il obéit au même schéma, composé de ruptures dans lesquelles s'enchaînent des transitions mélodieuses qui finissent par exploser dans des riffs accrocheurs. Le son de Black Light Burns, puissant et incisif, marque durablement les tympans, ce qu'illustre parfaitement le morceau The Mark.

A l'écoute de l'album, la lassitude crève, l'envoutement est total, confirmant le pouvoir transcendant de Black Light Burns. Entre accords en arpège et riffs puissants, guitare acoustique et guitare/basse saturées, les influences rock/métal et electros se mêlent à une pop des plus singulières, une pop torturée aux métamorphoses constantes, et ce qui est appréciable c'est que le chant n'est jamais hurlé/saturé, ça change du bourrin de base. Quant au morceau 4 walls, il nous donne l'impression d'être enfermé dans une prison délectable ou un hôpital psychiatrique paradoxalement agréable. Les morceaux comportent tous leurs touches d'originalité qui font de "Cruel Melody" un album aux antipodes de la redondance. "Cruel Melody" est un caméléon, un album unique et véritablement novateur. Disponible en France depuis cette année, que dire de plus, faites-vous plaisir!

Charlotte Noailles.

THE DILLINGER ESCAPE PLAN - "Ire Works"


1. Fix Your Face 2. Lurch 3. Black Bubblegum 4. Sick On Sunday 5. When Acting As A Particle 6. Nong Eye Gong 7. When Acting As A Wave 8. 82588 9. Milk Lizard 10. Party Smasher 11. Dead As History 12. Horse Hunter 13. Mouth Of Ghosts 


Beaucoup de mystère à propos de ce nouvel album des Dillinger Escape Plan. Sorti en 2007, il pourrait tout aussi bien etre daté de 2027 tant il représente une grande évolution. Cet album est un album concept. Je ne vous expliquerais d'ailleurs pas ce dernier, il serait bien plus sympathique pour vous de prendre part à la recherche d'infos sur cet album intriguant.

Parlons donc de musique. Ca défouraille toujours beaucoup, ca on ne pouvait pas y couper, et c'est tant mieux. "Fix Your Face" pourrait avec aisance obtenir le titre honorifique de "Panasonic Youth" d'Ire Works. Ca défonce dans tous les sens, ca saute, ca hurle, enchainant les plans de fous. C'est typiquement le genre de chanson ou on se sent tellement bien après qu'on doit faire une petite pause pour savourer et apprécier ce que l'on vient de vivre. On rappuie sur play. Deuxième baffe monstrueuse: "Lurch". On commence à se demander si cet opus a complètement renié les parties plus "soft" que "Miss Machine" avait introduites chez DEP, leur valant un franc succès. Que nenni, qu'on se le dise, Ire Works est un album de contrastes. Mais de contrastes entre les pistes. Peut-etre que ceci tient au fait que comme tout album concept, cet opus doit etre pris comme un ensemble. Cette fois le plan de fuite a décidé d'explorer ce coté rock péchu plus accessible en lui consacrant des pistes entières, par ailleurs complètement tubesques. ("Black Bubblegum" , "Milk Lizard", "Dead as History"). 

Arrive la 5ème piste, à laquelle on découvrira plus tard que la 7ème fait écho. Décidément se dit-on alors, ils n'ont pas fini de nous surprendre. Au risque de perdre les derniers fans qui voulaient un retour complet aux sources enflammées de "Calculating Infinity", DEP nous balance des sortes de sessions, assez aériennes et pleines de samples, de rythmes dérangés. Apres tout Chris Pennie, désormais ex-batteur des Dillinger, est également un spécialiste de la musique électronique. C'est jouissif.

A l'écoute des pistes "Nong Eye Nong" et "Party Smasher", aussi géniales soient-elles, on a pourtant un petit moment de doute: auraient-ils complètement perdu leur capacité a contraster chaque piste individuellement? Là encore non, et "Horse Hunter" aura pour effet de démontrer à ceux qui l'auraient oublié, que ces musiciens-là sont au sommet de leur art, capable de tirer des lessons de ce qui a fait leur succès tout en évoluant.

Ces hommes sont des monuments, des pionniers, des aventuriers, des explorateurs. Ni death, ni vraiment grindcore, ni metal, leur musique est à part. Hardcores dans l'ame, c'est indéniable, ils sont pourtant très loin des références en la matière tel les monstreux Converge. 

The Dillinger Escape Plan est une référence à part entière.
 
Finalement, c'est à travers la plus drastique des mutations de leur musique qu'en 2007 ils nous ouvrent les yeux. Leur musique en elle-meme n'est pas la cause essentielle de leur succes. C'est toute leur approche de la musique, cette volonté de constamment mettre à plat leurs envies toujours grandissantes d'éclectisme pour surprendre, choquer, et continuer de faire avancer le petit monde du métal extreme qui leur a permi de tirer leurs épingles du jeu.

Une fois de plus, ce groupe nous sert un album passionant à écouter, sur lequel on peut tout aussi bien passer des heures à danser et pogoter, qu'à analyser l'incroyable maitrise qu'ils ont de leurs instruments et de l'art de composer. 

BRAND NEW - "The Devil And God Are Raging Inside Me"




free music



1. "Snowing Season" 2. "Millstone" 3. "Jesus Christ" 4. "Degausser" 5. "Limousine" 6. "You Won't Know" 7. "Welcome To Bangkok" 8. "Not The Sun" 9. "Luca" 10. "[Untitled]" 11. "The Archers Bows Have Broken" 12. "Handcuffs"

Brand New est un groupe de rock qui nous vient de New York. A la fois alternative, indie, et acoustique bien souvent, la musique de ce groupe garde toujours une énergie punk certaine, issue de leurs débuts comme groupe de punk "adolescent". Dès leur 2ème album, leur son était devenu intelligent, complexe, réfléchi, créant un véritable buzz aux États-Unis. Ce 3eme opus, une sortie internationale bien promue, impose le groupe en référence dans ce style musical.


Plus intelligentes encore, plus mures, les mélodies entrainantes de "Déjà Entendu" nous reviennent décuplées, plus intenses. Un véritable changement de style. Le 2eme album avait annonce une transition vers le rock tout en gardant des plans punks pour les parties plus "hard". Le genre de musique que l'on mettait à fond quand on jouait à Tony Hawk ou à un jeu de course. Certaines étaient parfaites pour tout ce qui était se faire plaquer par son âme sœur, etc. Bon, c'était original. Aujourd'hui, ce 3eme album n'est pas original, il est unique.

Désormais le contraste soft/ violent est plus présent, sans tomber dans le métal pour autant. Les plans harmonieux, les notes discrètes qui virevoltent dans la chambre, ca c'est le genre de soft que joue Brand New. Les cris rock'n'roll ("You won't know") sont plus nombreux qu'auparavant, et ce à travers l'album: ca, c'est les parties plus violentes de Brand New. Enormément de crescendos aussi, des ponts parfaitement maitrisés à foison, tous les auditeurs seront comblés, pour peu qu'ils aiment le rock sincère et émotionnel. Les paroles sont de la pure poésie.


Vous, ce que vous voulez, c'est un album fort en gueule, puissant dans tous les sens du terme, à écouter en boucle sans se lasser, avec lequel on peut tout aussi bien pleurer sans raison ("Luca", "Handcuffs") que pogoter seul dans sa chambre ou avec des potes en soirée ("Not The Sun", "Archers [...]").

C'est bien ca que vous voulez, non?

Ce que Brand New vous offre ici c'est tout ca, bien entendu, avec en plus une production sonore exceptionnelle. Sans abuser (comme souvent chez les groupes qui montent) d'égaliseurs, de boosts de volume et de filtrages artificiels, Brand New nous fait cadeau d'un son naturel, quasi-live et parfaitement équilibré. Et bah, l'air de rien, ca fait plaisir aux oreilles tout ca.

Je ne m'étendrais pas plus longtemps sur cette chronique, vous alliez partir d'un instant à l'autre vous procurer cette merveille... ;-)


NB: En écoute intégrale sur Deezer.com