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FUMUJ - "Drop A Three"


Enfin le voilà ! « Drop A Three », le troisième album de FUMUJ est sorti aujourd’hui via le label LDH/Clean8 deux ans après « The Robot and The Chinese Shrimp». Le groupe nous revient ici à la tête de treize nouveaux morceaux qui raviront à coup sûr les amateurs de la scène électro/dub, de beats groovy et de hip hop au chant enivrant et rythmique. Avec « Drop A Three », FUMUJ compose un amas de sons si puissants et addictifs qu’on en devient expressément accro. Cadencés, éminents, les nouveaux morceaux font d’entrée danser et remuer la tête. FUMUJ fait littéralement vibrer les enceintes au son d’un électro hybride, enrichi par le résultat explosif que donne la fusion de la dub, de la drum’n’bass et du hip hop.

En plus des nouveaux morceaux, nous découvrons également le challenge humaniste du groupe : rendre la musique accessible aux malentendants en leur permettant de vivre le Live grâce à des récepteurs somesthésiques qui permettent de ressentir le tempo des morceaux dans leurs mains. Habitué à la musique ordinaire ? Peu familier des concerts faisant interagir vos sens ? La sortie de « Drop A Three » est là pour remédier à ce manque, et faire découvrir à tout un chacun l’osmose entre le corps et l’électro-dub hip hop du groupe (« Release The Beast », « Saint Amongst Sinners »). A recommander d’urgence pour les amateurs d’Ez3kiel, Le Peuple de l’Herbe, The Prodigy, mais aussi des Beastie Boys, Cypress Hill ou encore Dc Dre, maîtres incontestés du hip hop.

Porté toujours davantage sur la fusion des genres, « Drop A Three » présente une facette hybride plus engagée que dans ses deux précédents opus. Fruit d’une communion entre hip hop et dub électronique, FUMUJ se révèle être une virée électrique tout autant dansante («Against », « Hurts § Hugs ») qu’enivrante (les chœurs dans « Hold », « Soul Cling », « Liar » feat.Dammy du groupe La Phaze). Le chant hip hop est excellent, souvent rapé, toujours entraînant. FUMUJ a la chance de bénéficier d’un patrimoine musical hétérogène. A la fois grands admirateurs de Daft Punk, The Chemical Brothers ou encore The Prodigy, les membres de FUMUJ exprime clairement leur attraction pour le hip hop.

Les musiques actuelles les plus riches et savoureuses restent celles qui sortent des sentiers battus et apportent à nos sens mis à mal une nouvelle façon de ressentir la musique. FUMUJ est un album hypnotique, engageant, séducteur et éloquent. Un excellent volet musical pour le groupe.

Charlotte Noailles

Chroniqueuse pour Collective Anthem/W-Fenec/Adn Sound

DEAD POP CLUB - "Home Rage"


1)Right At Your Door, 2)So You Think You Can Dance, 3)I Don’t Care, 4)Super Loser, 5)Home Rage, 6)Photograph, 7)Shut The Fuck Up and Sing, 8)Freaks and Geeks, 9)Dead Until Dark, 10)Second Chance, 11)Code Blue, 12)Priority Seating.

Le label Kicking Records, ce sont les Uncommonmenfrommars, The Black Zombie Procession, Generic, Billy The Kill, Cooper, Hellbats, Greedy Guts, et bien d’autres. Que du punk rock éveillé, de la sueur et de la scène ! Ces groupes sont connus à l’international, et à raison me direz-vous. On ne s’ennuie pas une seconde en écoutant leurs compositions. Cette année, quatre français rejoignent cette fratrie musicale…

Ce n’est pas par hasard que Dead Pop Club a signé avec le label toulousain pour « Home Rage » leur quatrième album. Les français font du power punk énergique et ont bien l’intention de tourner sur les scènes du monde entier avec ce nouvel disque qui sort le 14 Juin (oui, nous sommes le 13, la sortie est imminente). Si autrefois les français rougissaient face au background musical de l’Angleterre, les temps ont changé, et en 2010 leurs combos ne sont plus les seuls à proposer du bon punk (il n’y a qu’à regarder les Etats-Unis). Plus sage que les Clash, des compositions frappa-dingue à la Sex Pistols, un chant anglais plus mélodieux que l’américain de NOFX, les Dead Pop Club vous mettrons de la bonne humeur dans la tête et une sacrée énergie dans les pattes.

Avec Right at your door on ouvre la porte, on encaisse une lancée punk digne du groupe Ignite avant qu’une ballade rageuse et effrénée ne nous lance le chant clair en pleine tête. Insouciant, grand adolescent, ce « Home Rage » me rappelle mes premiers concerts rock, mes premiers pogos foldingos ( Shut the fuck up and sing) dans une ambiance enfiévrée par le dynamisme bouillonnant de jeunes gens. Ah, nostalgie quand tu nous tiens. A l’écoute de Dead Pop Club, c’est la jeunesse qui se rappelle à nous. A plus de trente ans, les quatre français se bougent autant que des petiots de la vingtaine, et sans rire ça fait plaisir à voir et à entendre. Maintenant, à vous d’écouter et de décortiquer l’album, non mais ! Je ne vais pas vous en faire l’autopsie complète. Ecoutez leur myspace, prenez votre bouffée d’enthousiasme et venez en redemander.


Charlotte Noailles

Chroniqueuse pour Collective Anthem/W-Fenec/Adn Sound

BAGDAD RODEO - "Bagdad Rodéo"


1)La ménagère, 2)Mauvais perdant, 3)Je suis beau, 4)Une belle histoire, 5)La machine, 6)La farandole, 7)Revolucion, 8)Super connard, 9)Areva mon amour, 10)Monde de merde, 11)L’autre, 12)Les hyènes, 13)Le peuple sale.

“Si tu le télécharges illégalement, t’es un enculé” nous dit la pochette du premier album de Bagdad Rodéo. Grossier mais efficace, le message y est. Il serait en effet dommage de tuer cette musique anti« bien-pensant » dans l’œuf. Tout en français, les textes sont dénonciateurs, anti-consumérisme, anti-mode, et surtout anti-conventionnel. Difficile à caser dans les charts français, vous en conviendrez. Je tiens donc à remercier le label indépendant MVS Records qui a fait le choix de sortir ce disque très engagé. En bref, un album qui remue tripes, réflexion et énergie sur treize titres détonants. « Elle veut que tout soit blanc, impeccablement chiant ! Reste bien dans le rang ! Les autres seront de parfaits moutons ! » (Mauvais perdant). Vous avez une petite idée de ce qui vous attend...

Plein d’humour et de dérisions, cet album est bouillonnant plutôt que dépressif, innovant plutôt que déjà-vu, marrant plutôt que fataliste, et anti-facho (Monde de merde). Avec I.D.O au chant (splendiiiiide ! ô verve dissidente), Tof et Cha aux guitares, L.P aux platines et aux chœurs, Bob à la basse et David à la batterie, l’esprit de rébellion savoure son temps de parole. Réalisé par François Maigret alias Shanka de No One is Innocent, on comprend que cette sortie est monstrueusement convaincante tant au niveau des textes que du soutien artistique dont privilégient les six Bagdad Rodéo. Quels textes ! Une vraie sauce piment contre la stérilité musicale, les dépenses inutiles, le matraquage publicitaire (« Je suis le mec qui vend du plaisir à ta femme ! Elle pense que les images que je lui vends à gogo vont sauver son mariage d’un mari alcoolo », tiré du morceau La ménagère). Politiquement engagé, le groupe en profite pour faire un clin d'oeil incisif à notre dirigeant actuel, "Comme dirait notre président, casse-toi pauvre conne!" (Super connard).

Disponible le 14 Juin, sortez l’oseille mes amis ! Subventionnons la liberté de parole dans un monde cloisonné par les tubes d’un jour, la superficialité, et « ces gens qui ne vendent que la guerre » (tiré du morceau Une longue histoire). « Viva la revolución! » (Revolución).


Charlotte Noailles.
Chroniqueuse pour Collective Anthem/W-Fenec/Adn Sound

MY OWN PRIVATE ALASKA - "Amen"

1)Anchorage, 2)After You, 3)Die for me, 4)Broken Army, 5)Where did you sleep last night? 6)I Am an Island, 7)Amen, 8) Kill me Twice, 9)Page of a Dictionary, 10)Just Like You and I, 11)Ode to Silence.

Deezer

Lorsque je découvre My Own Private Alaska en 2008, c’est par l’intermédiaire d’un ami qui me dit détester « le gueuloir infâme qui sert de chant au groupe ». Aimant généralement ce qu’il déteste, et particulièrement le metal (pour le chant saturé entre autres), je m’empresse d’écouter le groupe le soir même, surtout que le concept me parait novateur. Ils ne sont que trois, sans guitare ni basse, juste trois, un chant, une batterie et un piano. J’en avais entendu parler jusqu’alors par connaissances interposées, mais sans jamais prendre le temps de découvrir leur musique. Avant l’écoute, je reste un brin dubitative, serait-ce du post-rock assoupissant qu’un brailleur tenterait de rendre plus dynamique en crachant plus de bave sur son micro que de sons ? Sûrement du post-hardcore, un groupe comme tant d’autres en somme. Que nenni ! L’année d’après je réalisais la chronique de leur EP en chantant les louanges du groupe. Comme le renard au petit Prince, j’entendais cette musique non consensuelle me susurrer, « S'il te plaît... apprivoise-moi !». Elle était pourtant mal partie pour m’émouvoir.

Première impression à l’écoute de leur EP, ça gueule en effet screamo, mais bizarrement je digère tout en maudissant le chant, et pourquoi ça ? Le piano qui accompagne ses deux compères de scène m’envoute complètement. Background personnel… Née dans une famille nourrie de musique classique, le piano est un instrument que je vénère, et j’assiste pour la première fois à un conflit extrême entre les genres. My Own Private Alaska m’apparaît comme un monstre musical déformé par le syndrome de Protée (on connait tous Elephant Man dont l’histoire fut portée à l’écran par David Lynch). Logiquement se forme dans mon esprit cette image repoussante d’une musique contre-nature. A mes yeux, le chant souillait le piano. Point barre. La violence mesurée ne m’intéressait pas, je cherchais la violence sans la trouver entièrement, car réservée, ténue. Habituée à du hardcore franc et massif (Black Bomb A, H-Tray, Time to Burn… il fallait que ça crame), la frustration eut raison de ma patience au bout du deuxième morceau. Cette nouvelle recette était trop épicée à mon goût, elle avait le goût de rassis. La réunion atypique d’une limpidité musicale à celle d’un choc vocal me laissait sur une impression nauséeuse. « C’est quoi ça ? Mais tout fout l’camp ma bonne dame ! ». Eh oui, et que c’est bon avec le recul.

Pour ne pas vous livrer l’intime de la bestiole, je ne décortiquerai pas l’album, pas aujourd'hui. Cette chronique est un historique de ma découverte plutôt qu’une analyse détaillée des pistes et mon avis reste changeant, ma vision du groupe en constante mutation, et je ne veux que vous détailler les composants de la tracklisting pour cette fois. Et donc ? Sur les onze morceaux d’Amen, on en retrouve quatre de l’EP (bonne nouvelle a priori), et pourtant c’est là qu’on se fâche. C’est une grosse déception, car Die for Me, I Am an Island, Page of a Dictionary et Kill me Twice ont été réenregistrés pour la version « album » et ça ne rend pas le même substrat de violence sublime si délectable de l’EP (exception faite pour Die for Me). Quelqu’un qui n’aura pas écouté les six premiers nés n’y verra que du feu, ne pouvant faire la comparaison pour l’instant, mais autour de moi tous regrettent l’humeur plus noire et romantique de l’EP. L’expérimental a pris plus de place sur Amen, le son est plus vaporeux, trop post-rock à mon goût. Même si My Own Private Alaska continue de m’impressionner (dans les nouvelles compositions Anchorage et Amen), dans l'ensemble l'album ne m’accroche pas autant que l’EP. Moins de haine cathartique, moins de cette rage impérieuse et tenace qui m’avait envouté tel un poème de Baudelaire. Question de nuance, légère peut-être, mais visible pour moi. J’attendais trop de l’album, et il ne s’est pas révélé à la hauteur de mes attentes même si à chaque nouvelle écoute d’Amen j’entends les morceaux me demander de copiner. Alors le renard triomphera, triomphera pas ? J'attendrai de les voir une troisième fois en concert pour faire un bilan de santé.

"Le lyrisme de la souffrance est un chant du sang, de la chair et des nerfs", Cioran dans Sur les cimes du désespoir.

Charlotte Noailles.

THE LAST EMBRACE - "Inside"

Myspace

1)Introspection, 2) Mother, 3) Somewhere in the dark rain, 4) Inside, 5) Can you ? 6) Broken, 7) It says, 8) Eclipse, 9) To dispel inner fears.


L’album “Inside” est le premier né de The Last Embrace, un groupe de metal atmosphérique originaire de Paris. Tout de suite, on se méfie… atmosphérique, c’est à dire? Serait-ce une énième copie de Theatre of Tragedy, Epica ou Nightwish ? Non merci. Heureusement, leur metal n’a rien à envier à la veine symphonique des groupes cités, et si la perspective d’un groupe mené par une chanteuse au chant clair ne vous repousse pas, prenez le temps de monopoliser vos oreilles quelques minutes. Pour ceux qui connaissent le groupe Virgin Chapter, la définition d’« atmosphérique » est sensiblement la même pour les deux groupes (au niveau instrumental). « Inside » est un album raffiné qui nous épargne les élans dépressifs souvent spécifiques à cette veine musicale (Anathema, Katatonia, etc).

Sorti avant « Aerial » (deuxième album en 2009), « Inside » a déferlé sur les radios metal et la presse spécialisée en 2006 (sur le label Longfellowdeeds records), et a permis au groupe d’être programmé aux côtés de Paradise Lost, The Gathering, Vanden Plas, ou encore After Forever… des pointures du metal dont la visibilité médiatique a nourri le succès de The Last Embrace et a encouragé le groupe à affirmer son identité originelle (chant clair féminin, compositions feutrées, voluptueuses et puissantes). Ainsi, on découvre calmement l’album grâce à une entrée au piano sur Introspection (ne grondez pas, l’originalité vient plus loin). La plongée dans leur metal atmosphérique est céleste et révèle une union délicieuse entre rock alternatif (clavier, sons acoustiques, boucles rythmiques) et chant diaphane. Le rendu final est parfait. Au micro, Sandy nous transporte de sa voix claire et angélique, purgée des growl et autres hurlements bestiaux mettant d’habitude la « Belle » et la « Bête » en contraste (si cette recette vous tente, écoutez l’album « Dualité » de Leiden). Quelle classe ! Somewhere in the dark rain allie arpèges limpides et atmosphère sublime (chant de Sandy). Quelle voix! Le morceau Inside est instrumental, folk et atmosphérique, se rapprochant de la musique traditionnelle avant de retrouver sa puissance metallique et exaltante avec Sandy et une rythmique ondoyante (jeu de la basse et des guitares bien balancé). Dans Can you ? l’énergie du groupe se fait plus présente, emportée par un chant suave et éveillé. La rythmique du groupe est changeante et chaque fois parfaitement maîtrisée. Sur It Says, l'ambiance est plus musclée avec des accents death au début du morceau et d'impérieux passages saturés.

Les neuf morceaux de cet album valent sans exception le détour, et s’il fallait choisir un titre phare de l’album je serais bien en peine de le nommer. Bonne écoute ! Je reviendrai sur The Last Embrace dans peu de temps.

Charlotte Noailles.

KAP BAMBINO - "Blacklist"


1. Blacklist, 2. 11:38, 3. Dead Lazers, 4. Lezard, 5. Red Sign 6. Rezozero 7. Batcaves 8. Blue Screen 9. Human Pills 10. Plague 11. Blond Roses 12. Acid Eyes

Deezer
Site officiel

« Aujourd’hui, je suis mort. Ou peut-être était-ce hier, je ne sais pas. »
Voici le type de déclaration que fera toute personne au réveil d’un concert de Kap Bambino. Ou peut-être juste après avoir perdu une bonne partie de son système cognitif sur leur dernier skeud, le tewwible Blacklist. Eh bien, je vous le dis : pour toutes les heures que j’ai passé à triper comme un demeuré au son de cet album, pour l’extase de l’avoir vécu en live, le moindre des remerciements était de lui consacrer l’éloge qu’il mérite.


Le nom de Kap Bambino vous est plus étranger qu’un prix Nobel de littérature dans les années 50 ? L’évocation de cette voix jeunette qu’est la pile Caroline Martial (a.k.a. Khima France) et les rythmes originaux de l’électronique Orion Bouvier ne vous activent pas les prémices d’une chair de poule libidineuse ?
Hey, au nom de la rédaction de Co’Anthem, je vous souhaite la bienvenue dans ce 21ème siècle !! L’electro y gagne en terrain et au moins dans ce domaine, l’hexagone arrive encore à proposer des noms qui font rêver dans le monde entier. Pourtant, comme souvent ici, le public boudera un artiste un tant soit peu original, aussi prometteur qu’il puisse être, pour de la pop ou de la variété. Ainsi, on regrettera que le groupe soit largement connu de l’internationale electro et si peu à domicile. Cela fait bien huit ans que le duo de Bordeaux s’est lancé dans l’aventure mais ici, on les découvre tout juste grâce à Blacklist, sorti en Mai dernier. Si vous voulez vous mettre à Kap, c’est d’ailleurs un très bon album pour se faire à ce son aussi immersif qu’architecturé.


Pour vous situer le son de Kap Bambino, il faudrait que vous puissiez prendre le meilleur de la vague Moog (vous savez bien, Duchess Says et leur compagnie…), y ajouter des sonorités midi de console 8 bits (Crystal Castles sont récemment devenus célèbres en reprenant la même recette), puis multiplier le tout d’une ambiance trash-punk, et enfin le passer au mixeur avant de vous l’injecter dans l’oreille interne. Ca vous donnerait une petite idée de l’OVNI que nous avons là.


D’ailleurs, le vrai défi pour Kap, ç’aura été de faire péter un son qui, sous des abords de trashouille monumentale à vous faire inviter une trentaine d’étrangers dans votre studio pour y retourner le mobilier Louis XV en y gueulant les quelques paroles encore compréhensibles en pleine montée acide, bah aussi étonnant que ça soit, ce son est avant tout une construction hyper-carrée. Reposez ce fauteuil du XVIIIème, asseyez-vous dedans (c’est prévu pour, vous allez voir) et prêtez un peu attention à la structure des nappes. Au bout de quelques minutes, si vous vous efforcez de ne pas vous laissez reprendre par Blacklist, vous constaterez que oui, ce même son qui vous bifle le cerveau, qui vous punche les zones érogènes, sous des couverts ultra-bourrins, il est agencé comme une Main de dieu. D’ailleurs, si vous faites l’acquisition de cette merveille, cela vous mènera immanquablement à la lâcher dans vos soirées-camisole, aussi je vous conseille, si vous avez un doute sur l’efficacité de votre matos hifi, de le renouveler du caisson de basse aux égaliseurs : la musique de Kap étant sans conteste de celles qu’on s’envoie en rafale de décibels. Après, vous ferez comme bon vous semble mes aimés, mais si l’un de vos convives exige au bout de trois morceaux qu’on augmente encore le volume et que vous êtes déjà à fond, vous subirez cette déconvenue honteuse sans que je puisse vous sortir de la panade.


Bien, après ces propos d’introduction, passons à ce qui nous intéresse : le corps de (Martial) l’album. Blacklist est composé de douze plages qui s’enchaînent presque aussi bien qu’un Cross (j’ai dit « presque aussi bien », car il est flagrant que Justice, des transitions jusqu’au tracklisting, avait fourni un travail monstrueux). Pour Blacklist, on commence par un incipit éponyme au nappage très 8 bits, plié efficacement en deux minutes et fournissant un prélude aussi sympathique que rythmé au reste de l’album. Un tapis rouge sur les marches d’un palais, les prémices du charme où Khima n’apparait que sur dix secondes, n’attendant que ses invités pour vraiment prendre vie. Puis 11:38 se lance, sur une structure en caisse claire proche de Blacklist, il nous fait pénétrer sans ménagement dans l’univers cogneur de Kap. A partir d’ici, il est déjà trop tard pour faire machine arrière, plus de répit : les bordelais prennent hargneusement votre oreille en dessous de la ceinture et ne la lâcheront plus du reste du disque. Le genre de killer-hit dont on ressort sans trop savoir ce qui s’est réellement passé mais avec une envie : y retourner déjà. Comme presque toutes les premières fois, c’est trop rapide pour que vous puissiez comprendre ce qui s’est vraiment passé. J’y suis retourné pour pouvoir vous le décrire, le phénomène. Comme nous l’avons dit : ça commence avec une rythmique simple et boxeuse à la Blacklist, puis en un pont magnifique s’y surimpressionne une nouvelle toile stylée Moog pour qu’enfin Martial commence son ‘pestak’ de sa presqu’enfantine voix. A partir d’ici, vous serez l’esclave de ses modulations et des variations originales d’Orion. L’essentiel de la musique de Kap Bambino, c’est de flirter avec la saturation sans jamais être désagréable à l’oreille, sans jamais l’atteindre. Les premières écoutes peuvent se révéler un peu douloureuses, tellement on en approche. Une telle richesse comme ça d’un coup, c’est sûr, ‘faudra peut-être quelques écoutes supplémentaires pour que les moins habitués s’y accommodent. Nous ne somme pas sur un album d’Archive là. Poursuivons notre épopée. Dead Lazers apparait en troisième position, au même niveau ultra-rythmé que le précédent morceau. Toujours avec les sonorités inédites de Kap. Ici apparaissent la première énorme montée de l’album ainsi que les premiers travaux sur les poussées de Khima. Enchaînement parfait sur Lezard et son « flesh after flesh » que vous vous retrouverez à brailler sans faire attention (de toute évidence, vous n’écouterez pas Kap pour les paroles). Je passe sur Red Sign et sa montée finale, ainsi que sur le presque calme Rezozero (respirez, ça repart sous peu). Arrive Batcaves, que j’affectionne particulièrement, le petit cri de bête surexcitée de notre punk blonde en début de morceau, sa nappe délirante et ses quelques légers ralentissements. Blue Screen est certainement de ce type de sonorité qui fit écrire à mes confrères que Blacklist sonnait plus « nostalgique » que leur premier album (Zero Life, Night Vision, sorti incognito en 2003, pourtant aussi jouissif que celui qui nous occupe aujourd’hui). Pour ma part, le jour n’est pas arrivé où les sonorités de Kap me feront ressentir la moindre mélancolie. Non faites-moi confiance, Blacklist reste définitivement borderline aux « musiques à camés ». Ce n’est pas Human Pills qui me contredira, tant leur numéro dix est chargé, et en toute honnêteté, c’est ça qu’on aime chez nos vedettes bordelaises. Les dernières plages se chevauchant dans la continuité (Plague en deça).


Bref, une telle évidence dans le talent que d’un à coup, on retrouve les prestigieux de Birdy Nam Nam rescratchant du Dead Lazers (vous trouvez ce remix sur Deezer, ça demeure dix pieds en dessous de l’originale, mais dix pieds en dessous c’est encore assez jouissif pour un ou deux orgasmes volés). Alors pitié, ne laissez pas Kap Bambino inconnus en France, et laissez moi rêver d’un monde où je n’entendrais plus jamais un Anglais (très cool au demeurant) me faire découvrir l’une de nos meilleures formations. Et si vous voulez vraiment me faire rêver, laissez-vous aller aux sons que notre couple a produit avant 2009 aussi, partez traquer la magique Naz4, tapez dans le très drôle Daddy, rencontrez Pussy Killer, le révolté-survolté Hunger Texas ou enfin l’un des meilleurs sons de toute l’electro : New Breath. Pour info, c’est ce morceau que Camus mettait toujours dans l’autoradio de ses potes de soirée, vous voyez bien : Blacklist, vous y viendrez, fatalement.

RAPHAEL IMBERT-Bach Coltrane




1) Die Kunst der Fuge (the Art of the Fugue), for keyboard (or other instruments), Bwv 1080: 1st Contrepoint et improvisation
2) Crescent, for jazz ensemble
3) Concerto for harpsichord, strings & continuo No. 5 in F minor, Bwv 1056: Largo
4) Improvisation on Bach's Keyboard Concerto Bwv 1056, for jazz ensemble
5) Introduction to "he nevuh said a mumbalin' word"
6) And he Never Said a Mumberlin' Word
7) Improvisation on Bach's Fantasie Bwv 542, for jazz ensemble
8) Mass in B minor, for soloists, chorus, & orchestra, Bwv 232 (bc E1): Crucifixus
9) Die Kunst der Fuge (the Art of the Fugue), for keyboard (or other instruments), Bwv 1080: 9e Contrepoint - Quatuor Manfred
10) Song of praise, for jazz ensemble: partie 1
11) Jesu, meine freude, motet for 5-part chorus, bwv 227 (bc c5): partie 2
12) Cantata No. 170, "vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust," Bwv 170 (bc A106): 1st Air
13) Improvisation sur b.a.c.h. (imbert) / the father, the song and the holy ghost (coltrane)
14) Mit Fried und Freud ich fahr dahin, for choir
15) Reverend King, for jazz ensemble
16) Chorale for jazz ensemble in E major
17) Work(s): o welt, ich muss dich lassen, bwv 45

Singulier ce travail de Raphaël Imbert qui ressuscite deux monstres sacrés de la musique : Johann Sebastian Bach et John Coltrane. Singulier pas dans la forme car l’essai, de conjuguer le free jazz avec ses racines inavouées irriguées par les musiques classiques, n’est pas nouveau. L’originalité de cette réflexion s’opère plutôt dans l’association d’un quintet jazz avec un quatuor à cordes et dans un mariage de tous les instants entre ces deux entités : saxophone ténor et violons s’enchevêtrent avec poésie et façonnent un syncrétisme réussi et audacieux entre la rigueur imprimée par Bach et l’espace immense déployé par le travail d’improvisation acharné Coltranien.
A noter que la démarche se poursuit jusque dans l’enregistrement : immortalisé dans une chapelle… en une poignée de prises…
Si vous ne deviez jeter une oreille que sur un seul morceau de cette œuvre érudite, ne passez pas à côté de « And he Never Said a Mumberlin' Word » : Negro Spiritual revisité par la sensibilité harmonique des cordes et émaillé d’un solo de sax parmi les plus délicats et pénétrants de l’année ; quant à la performance vocale du ténor-batteur-percussionniste Jean Luc DiFraya, dire qu’elle confine au sublime relèverait de la litote pure.

Demisroussos81 (Flo)

ZERO ABSOLU - "dans les bras de Morphée"




Livre 1 : Rêves
1)Mourir de sommeil, 2)Aérosphère, 3)De Sang froid, 4)Highgate, 5)Impulsations, 6)Northern Lights, 7)Peaux mortes, 8)Le Livre des rêves, 9)17th Waltz, 10)Rêve inachevé, 11)Le Soleil se lève.

Livre 2 : Insomnies
1)Portes closes, 2)Quand dorment les anges, 3)Wonderland, 4)Défaire le monde, 5)Passer le cercle à la plume, 6)De Sang chaud, 7)Déjà vu, 8)Le Livre des Insomnies, 9)Demain, 10)Sainte Trinité, 11)La Lune se couche.

Il est difficile de comprendre comment Nak parvient à se loger dans notre bulle, à s’y faire une place tout en douceur, à nous bercer de ses notes aliénantes comme le chant d’une berceuse avant la plongée dans le grand sommeil. Ce n’est pas pour rien que ce nouveau né s’appelle « dans les bras de Morphée »…

Le digipack sous forme d’un double album expose d’emblée la nature onirique et volatile de son contenu par une photo floutée de Nak. Le premier CD intitulé « Livre 1 : Rêves » est l’album à proprement parler, tandis que le deuxième « Livre 2 : Insomnies » est la facette Live des onze morceaux qui joue pour beaucoup dans l’identité de Zéro Absolu. En concert, des vidéos viennent enrichir l’imaginaire du one man show. Très visuelles, les compositions de Zéro Absolu utilisent des sons qui captent différents sens. C’est ainsi qu’avec Mourir de sommeil, premier morceau de l’album, on se visualise les gouttes d’eau qui éclatent à intervalles réguliers. L’élément terrestre devient alors instrument de musique, et c’est l’immensité des possibles qui s’ouvre à nous.

Quand dorment les anges, Le Livre des Insomnies, Rêve inachevé, La Lune se couche… Les titres eux-mêmes l’attestent, l’univers de Zéro Absolu est celui du rêve, et Nak se réincarne ici sous la figure de Morphée pour nous faire découvrir ses songes musicaux. Comme un acteur interprète son personnage, Nak interprète sa propre voix en utilisant le maximum d’instruments à sa disposition, guitare, basse, samples, programmations, clavier, chant, pour nous plonger dans un post-rock poétique et impalpable (comme dans De Sang Froid). Avec Aérosphère le morceau nous dévoile une voix féminine, sample qui surplombe une rythmique énergique et brute. A de nombreuses reprises, le sommeil de Zéro Absolu se verra aussi percé par des bribes de réalité venues noircir les fabuleuses escapades instrumentales. Ainsi la colère métamorphosera parfois le rêve en cauchemar, Highgate, Le Livre des rêves, tout comme l’angoisse prend le dessus dans 17th Waltz (écho au morceau Spectacle de clows tiré « Du Vide au Néant »). La nostalgie quant à elle file son chemin sous forme de boucles répétitives, omniprésente, personnage récurrent d’humeurs variant sans cesse.

Un rythme, une secousse, Zéro Absolu dégrade les sons au rythme de l’électro, de samples vocaux et instrumentaux, et selon le sentiment du moment la spontanéité compose de nouvelles envolées. Depuis le premier album « Du Vide au Néant » en septembre 2007, Zéro Absolu a continué son parcours, a évolué en compagnie de son créateur pour nous livrer aujourd’hui toute la maturité d’un compositeur fasciné par les infinies possibilités musicales qui s’offrent à lui. Après un premier maxi et un album auto produits, Zéro Absolu est maintenant chez Humanist Records.

Sortie officielle le 14 Janvier. Je ne peux en dire que du bien.

Charlotte Noailles.

DARKTRIBE - "Natural Defender"



1)Fantasy…Apocalypse, 2)Darktribe, 3)End of Road, 4)Eyes have you.


Ciel sombre, éclair déchirant l’obscurité, homme masqué drapé de noir, Darktribe se présente d’entrée comme un groupe de metal, de Heavy Metal plus précisément. Que ces quatre musiciens se soient gorgés d’Iron Maiden, Megadeth et de Mercyful Fate avant de se lancer dans la composition, on se l’imagine sans peine, mais ils ont aujourd’hui à leur actif un EP de quatre titres efficace, puissant, ingénieux et autoproduit ! Encore une perle pour des labels en mal de nouveaux groupes. Marre de Trivium, du metalcore, du chant saturé ? Persuadé que le Heavy Metal s’est arrêté avec Judas Priest et Black Sabbath? C’est que vous n’avez pas encore écouté « Natural Defender ». A table !

Dès le premier morceau, Fantasy… Apocalypse, les qualités de ce groupe me claquent aux tympans. En effet, un seul guitariste pour ce combo des Alpes-Maritimes, et pas de chant saturé, gueulé, ni aucun growl sorti des profondeurs de la nuit. Le Heavy Metal se caractérisant par la dominance de la guitare et de la batterie, ainsi que par une rythmique parfaite, je savoure les jeux de Loïc (Guitare) et Julien (Batterie) qui sont à la hauteur de mes espérances. Ne fais pas du Heavy Metal qui veut ! En toute cohérence avec la veine musicale du groupe, l’habileté vocale d’Anthony rappelle les voix théâtrales couvrant plusieurs octaves de Rob Halford (Judas Priest) et de Bruce Dickinson (Iron Maiden), ainsi Darktribe plaira autant aux férus de Heavy Metal des années 1960 qu’aux amateurs de solos complexes et de palm muting. Darktribe déchaîne une rythmique dynamique (parfait exemple avec l’intro de Darktribe) en l’agrémentant de variations, d’ornements mélodiques et de syncopes. Et pour les fous de solos et de chant pur et clair End of Road est LE morceau à écouter en boucle.

Dans Fantasy… Apocalypse, la guitare est tour à tour rock, metal, prenant tour à tour la forme d’un solo puis d’une boucle répétitive saccadée et rythmique. La virtuosité dont fait preuve Loïc rappelle les influences du Heavy Metal, à savoir la musique classique, le blues et bien évidemment le rock. Depuis le premier emploi du terme Heavy Metal en 1968 dans le morceau Born to Be Wild de Steppenwolf, quarante ans après le genre musical n’est pas prêt de s’éteindre. Darktribe est actuellement à la recherche d’un label alors faites tourner l’info.

Sorti le 24 Octobre de cette année, cet EP est disponible sur "HIT Import". Régalez-vous !

Charlotte Noailles.

NEWS: Interview de Split


Bonjour messieurs. En écho à ma chronique sur votre EP, je vais profiter de cette interview pour nourrir ma curiosité de musicienne. J’ai particulièrement aimé l’entrée en matière de « Tales of Vanity » avec le morceau "D’eau claire et d’acier". Le piano est accrocheur, limpide, rythmé, auquel s‘ajoute différents arrangements qui font merveille. Vous avez un pianiste en herbe dans vos rangs, ou est-ce un passage préenregistré ajouté au morceau ?

Thierry (Guitare): Au départ, ce passage a été composé pour deux guitares acoustiques, mais comme nous avions déjà "Tales of Vanity" en guitare acoustique, on s’est dit que pour une intro le piano serait un bon compromis. Alors c’est Flave, l’ingénieur du son de tales of vanity et également compositeur, qui a retranscrit la compo pour le piano. Nous voulions quelque chose de soft sans que cela sonne electro non plus, et je crois que Flave nous a bien compris.

Depuis la sortie de votre premier EP en juillet 2009, la promotion du groupe va-t-elle bon train ? Votre myspace annonce l’ambition de faire connaître Split à travers toute la France. De ce côté-là les choses bougent-elles ? Un label vous aurait-il approché ?

Thierry (Guitare): Nous le savions déjà avant de commencer, mais je crois qu’on s’en rend compte de plus en plus, la démarche pour faire connaître l’EP est encore plus compliquée que de le réaliser.
Notre démarche se décompose en deux phases.
La première était de faire parler de notre EP, par les webzines, presses spécialisées, myspace, lastFM (qui fonctionne plus pour l’étranger).
La deuxième phase est d’aborder les labels ou associations qui pourraient nous aider à s’exporter un peu plus loin que la Lorraine.
Nous avons quasiment terminé la première phase et nous sommes agréablement surpris des critiques à notre égard.
Quand à la seconde phase, elle nous semble plus délicate, car même si le groupe a déjà 10ans, c’est en fait notre première expérience dans ce domaine et nous cherchons évidemment des labels susceptibles d’être intéressé par notre musique, ce qui n’est pas facile. Mais nous allons bien finir par trouver un compromis.

Votre timbre musical est particulièrement riche et personnalisé. Il y a des compositions hybrides qui embrassent une multitude d’influences. Depuis la création du groupe, avez-vous toujours été inqualifiable ou davantage trash, death, hardcore ?

Christophe (Batteur): Je crois qu’on a toujours rigolé des étiquettes qu’on a tenté de nous donner.
En effet, depuis toujours, on s’est jamais trop soucié de coller à un style ou à une mode particulière. (Peut-être à tort car cela aurait sûrement facilité nos démarches ou nos candidatures pour certains festivals.)
Disons qu’avant tout, nous jouons pour nous faire plaisir, le style qui ressort de notre musique n’est pas vraiment étudié. D’ailleurs, il n’est pas défini. Nos compos évolueront tout le temps. Même si elles resteront dans la famille metal. Enfin, je crois (sourire).

Comment se passe la promotion en Lorraine? Le coin est fréquenté des metalleux, ou avez-vous du bouger davantage pour vous faire connaître ?

Laurent (Basse): Nous avions pas mal de concerts de prévu pour Novembre/Décembre essentiellement en lorraine, mais ils ont été quasiment tous annulés par les orgas. Du coup, c’est un peu le creux de fin d’année. C’est dommage. La lorraine est assez réceptif pour le metal, il reste encore des viviers de chevelus à droite à gauche. Pour ce qui concerne le reste de la France, on est évidemment preneurs, mais c’est vrai qu’on galère pas mal faute de contacts.

La technique, la maturité et la précision sont des qualités qu’on trouve rarement dans un premier EP. On ne pourra que se régaler avec un album. On dit toujours de ne pas tuer l’ours avant de l’avoir tué, mais pouvez-vous déjà annoncer un LP, ou vous laissez-vous du temps pour promouvoir « Tales of Vanity ? ».

Split: C’est vrai que dans les chroniques qu’on a reçu sur "Tales of Vanity", on est en droit d’attendre un LP, alors évidemment on en parle déjà. Nous ne sommes pas professionnels, et la composition d’un album va forcement nous demander pas mal de temps surtout si l’on veut conserver le style du notre EP. Disons que ça prendra le temps que ça prendra. En priorité, on va faire la promo de TALES OF VANITY.

Le morceau «Tales of Vanity » est très différent du reste de l’album. Une nostalgie de la guitare acoustique et classique semble s’exprimer par la douceur inhérente du morceau. L’absence du chant accentue le contraste avec le reste de l’EP. On trouve une foule de tempos et de rythmiques dans vos quatre morceaux, une volonté de trancher avec un genre prédéfini ?

Adrien (Chant et Guitare): Encore une fois, nous composons sans trop nous soucier de la forme finale de la compo. Alors en final, c’est vrai que comme nous n’avons pas vraiment de modèle stylistique, nous tranchons peut-être avec les autres styles metal. Et d’ailleurs nous nous en rendons compte pendant les concerts où bien souvent le public est un peu perdu par nos structures.

Votre prochain concert a lieu en Lorraine le 12 décembre au bar le No Man’s Land. Le nom annonce la couleur ! Sans lister une foule de groupes trash et metal qui vous ont dorloté depuis toujours, quels sont respectivement vos trois groupes phares ?

Split: Pour faire simple, je pense qu’on écoute plutôt la même chose et que je pense qu’on peut retrouver les influences de Between the Buried and me. Undying et the August burns red dans la musique de SPLIT.

Pour revenir à la pochette du groupe, j’y ai vu une référence au film "Château dans le ciel" de Hayao Miyazaki, mais aussi un cri d’alarme sur l’état actuel du monde. Dans vos paroles, quel message cherchez-vous en particulier à transmettre ?

Adrien (Chant et Guitare): Après avoir questionné le graphiste sur ses influences, je crois qu’il n’avait pas fait exprès pour le clin d’œil sur le château de Hayao Miyazaki. Donc simple hasard.
En ce qui concerne cette pochette, ce que nous voulions, c’était uniquement sortir d’un cliché trop metal habituel, où souvent la mort est mis en premier plan. Nous sommes loin de ces idées là, et nous avons cherché à trouver quelque chose d’original pour la pochette, vue les remarques des gens sur cette dernière, ça a l’air réussi.
Nous n’avons pas pour but de moraliser les gens qui nous écoute, nous véhiculons aucun message de haine, ni d’amour d’ailleurs (sourire). Nous pensons avons tout que la musique est là pour divertir et pour pas se prendre au sérieux. Ca c’est le rôle des politiciens et des gens raisonnables.

Eh bien merci beaucoup messieurs, et surtout avertissez-moi si vous passez à Nantes, Bordeaux ou Toulouse. A suivre!

Charlotte Noailles.

NEWS: Agora Fidelio enregistre son nouvel album

Si son myspace n'annonce rien, l'actualité du groupe est pourtant digne d'être signalée. Et comment!

Les toulousains d'Agora Fidelio entrent en studio en décembre pour enregistrer leur nouvel album, annoncé comme un triple album-triptyque.
Après "Une histoire de chair" en 2002, "Altitude Zéro" en 2004, l'EP "Finir à Paris" en 2006, et "Le Troisième choix" la même année, on a hâte de découvrir la suite après une pause de trois ans.

A surveiller de très près! Décembre étant le mois du père à la longue barbe blanche, l'info aurait pu passer inaperçue.

A plus tard!

Charlotte Noailles.

Split - "Tales of Vanity"

1) D'eau claire et d'acier, 2) The Least of our smiles, 3) Tales of Vanity, 4) The Exchequer, 5) Halcyon Stream.

>>> Myspace <<<

Quelle pochette! Quel groupe! En plus d'une illustration qui attire le regard, l'EP « Tales of Vanity » est également une merveille musicale. Je souhaiterais maintenant que la presse et les webzines repèrent les bonnes têtes aux quatre coins de la toile et offrent enfin de la visibilité aux groupes qui proposent du neuf à la scène metal. A l'écoute de Split, à la fois trash, metalcore et non conforme, l'urgence est aux remerciements, car c'est grâce à des groupes innovants tels que Split que le metal continue de nous surprendre. En passant par Metallica, Iron Maiden, Judas Priest, Megadeth, ou encore Gojira, Darktribe, Parkway Drive, Manimal... le genre continue d'inspirer de nouvelles générations, et de révéler ses variantes et nouveaux talents.

Avec Split le metal évolutif est à vos portes. Jetez-vous à sa rencontre. Le groupe vous propose ici un EP de grande qualité. « Tales of Vanity » se présente d'abord à nous via l'illustration d'une cité futuriste qui orne la pochette. On pense immédiatement à l'affiche du « Château dans le ciel » de Hayao Miyazaki, bien que la scène que nous donne à voir « Tales of Vanity » soit plus sombre. Fumées d'usines, déchets toxiques rejetés par les tuyaux, la cité en forme de coeur représente la civilisation polluante des hommes et le chant de leurs « Contes de Vanité ». Avant leur EP, Split c'est tout d'abord trois démos, une onze titres en 1999, « Ecume de vie » en 2004, et « For all her natural beauty » en 2006, ainsi qu'un bon nombre de concerts dont l'ouverture pour X-Vision et Dagoba.

Sorti en juillet 2009, « Tales of Vanity » nous délivre un chant qui gronde, une voix qui porte et des compositions variées qui montrent que Split a tous les atouts de son côté pour surprendre et satisfaire les soifs metalliques des plus férus d'entre nous. Nous plongeons dans trente minutes de fureur chaotique nimpée de lumière: le morceau Tales of Vanity est une ballade aux sonorités à la fois folk et metal, et le morceau The Exchequer débute au rythme d'une marche guerrière. Aux commandes de leur tuerie metalcore, avec chant trash et virées brutes et mélodieuses, Thierry, Adrien, Laurent et Christophe sont en passe de devenir des incontournables de la scène metal underground. Ils nous proposent avec rage un EP hybride entre Between The Buried and Me, Kongh (down-tempo), Impure Wilhelmina, et la beauté lyrique des envolées classiques (piano et samples electro sur D'eau Clair et d'Acier). Moins sludge que Kehlvin, pas viscéralement death, Split est un mélange de trash, d'ingéniosités rythmiques, et de transitions si fluides et cohérentes qu'on ne peut que s'extasier à leur écoute.On découvre des décharges spontanées qui fusent en tous sens, comme avec l'entrée musclée du titre The Least of Our Smiles qui est rapidement suivie d'altérations death, hardcore et instrumentales, puis place à de nombreux solos de guitares au tempo entre lenteur et vitesse infernale (de très beaux solos sur The Exchequer). Un EP grandiose que je ne me lasse pas d'écouter depuis maintenant trois semaines. Split est un groupe coriace, subtil par essence, metal d'inspiration, violent par l'expression, à mes yeux Split fait partie des rares talents du metal progressif.

Charlotte Noailles.

GRAND CORPS MALADE - "Enfant De La Ville"



1-Mental 2-Je viens de là 3 - Comme une évidence 4 - 4 saisons 5 - Pères et mères 6 - A la recherche 7 - Le blues de l'instituteur 8 - Rétroviseur 9 - J'écris à l'oral 10 - Enfant de la ville 11 - La nuit 12 - J'ai pas les mots 13 - Avec eux 14 - Underground 15 - L'appartement 16 - Du côté chance


Aaaah… Grand Corps Malade ça vous dit un truc ? Oui un grand avec des béquilles qui a popularisé le… mais oui vous savez ce genre de poésie urbaine… raaaah oui comme du rap mais avec la voix plus en avant… ah oui ça y est le slam ! Que même que vous aviez bien ri sur « Ma Tête mon Cœur et Mes Couilles » et que vous vous êtes senti brillant lorsque vous avez décelé le nid de métaphores perché dans « Les Voyages en Train » ses deux plus grands -et fulgurants- succès.

Et bien vous savez, ce mec après avoir fait un premier album (ouaip, ouaip, 16 titres avec arrangements, featurings et tout le tintouin) et bin le garçon a persisté et en a même réalisé un second il y a de ça déjà quelques années, si, si.

Alors, si le premier opus Midi 20, avait cartonné créant un consensus mérité entre grand public, férus de chanson et aficionados du hip hop ; le deuxième -et dernier- Enfant de la Ville est passé complètement inaperçu… La faute à un style musical trop immature et superficiel pour rencontrer plus qu’une adhésion éclair ?

Non, non et renon car tout d’abord il ne faut pas se méprendre, Grand Corps Malade ne fait pas le slam mais du slam, pas le plus musical, pas le plus intense, pas le premier, pas le plus théâtral, pas le plus hautain, pas le plus engagé, pas le plus habité ni le plus grandiloquent ou le plus passionné mais un slam singulier, avec du cœur, de l’âme et du talent et le monsieur à des choses à dire…

Et, avec ce deuxième effort, notre conteur amplifie son évolution par rapport à la scène slam traditionnelle en ébauchant les contours musicaux avec plus de soin et appuyant les orchestrations quasiment au même niveau que la voix. Celles-ci vont parfois même jusqu’à surpasser les écrits étant pourtant la sève de cet art (« Mental », « Du Côté Chance »).

Une évolution de prime abord un peu déconcertante, car les titres sont désormais investis de plus de groove mais moins poétiques, moins variés rythmiquement, moins riches sémantiquement, l’auteur a plus souvent recours aux refrains alors que ses précédentes compos étaient savamment libres de toutes structures. En outre, certains morceaux alourdissent conséquemment l’ensemble par leur inspiration clichesque, leurs arrangements trop plats ou leurs rimes carrément pauvres (« Comme une Evidence », « 4 Saisons », « J’ai Pas les Mots »).

Pourtant, en dépit du fait que les constructions verbales sont moins ambitieuses et le format des chansons plus éculé quelques jolies pirouettes demeurent : « La Nature je la respecte c’est pour ça quj’écris en vers » ; « C’est un souvenir glacial comme ce soir de décembre où tes espoirs brûlant ont laissé place à des cendres » ; mais surtout « Pères et Mères »… en totalité.

C’est en fait dans un autre sens qu’il faut aujourd'hui percevoir le son de Grand Corps Malade, non dans le génie narratif mais au travers des émotions déployées. Ainsi certaines compos sont empreintes d’une magie et d’une nostalgie indéfinissables mais prégnantes (« Rétroviseur »). Tandis que le reste, par le fruit d’une écoute attentive faisant abstraction d’un début de galette aussi atone qu’une réunion du Sénat suisse, est tout a fait goûtu. Voguant avec caractère entre humour « Underground », « L’Appartement » ; purs bijoux insolites : « La Nuit » ode à la mystérieuses entité nocturne ; textes échevelés, « Pères et Mères » mettant une baffe à tous les concurrents ; poésie brute « J’Ai Pas les Mots » ; slam « old school », sincère et jazzy avec un Oxmo Puccino toujours aussi grisant (« À La Recherche ») ; contestation mélancolique rappelant la verve du premier opus « Le Blues de l’Institueur ».

Cet album fait donc montre d’une évolution réelle traduisant la volonté de GCM de grandir en tant qu’artiste, empruntant autant à la variété qu’au classique populaire. Sans être aussi frais, inventif et indispensable que le premier volet, ce disque est à envisager au-delà des lyrics ; moins percutant, le message est plus serein à l’image de son auteur qui, lorsqu’il tente de s’aligner sur ses précédentes trouvailles sent un peu le réchauffé. En clair, Grand Corps Malade ce n’est plus que du slam…

Demisroussos81

MICHEL PORTAL - « Minneapolis We Insist ! »

1. Good Bye Pork Hat (7:52), 2. Take The Portal (8:05), 3.On Nicollet Avenue (6:15), 4. Domimonk (8:48), 5. Sky Tinted Water (4:33), 6. Matourmatourmatourmalet (5:09), 7.MP On The Run (4:38), 8. Solitudes (5:32), 9. Open Season (6:32), 10. Introduction To Judy Garland (0:18), 11. Judy Garland (3:38), 12. Shopping For Black Shirts (4:08), 13. Unspoken Truth (4:28), 14. Solitudes (Slight Return) (0:37), 15. Everything Must Change (7:37)

A la fin du XIXe siècle Wagner entonnait en substance que la France était le pays le moins doué quant à la pratique musicale. Une affirmation quelque peu présomptueuse, inévitablement liée aux tensions entre modèle Prussien (puis Allemand) et Français, mais, reconnaissons le, assez vraie… sauf que notre distingué compositeur teuton mourut en 1883 et l’avenir lui donna bien tort. En effet, depuis les années 1880’ et la musique contemporaine menée par les géniaux Satie, Debussy et Ravel, l’Hexagone n’a cessé de compter en ses rangs des musiciens impressionnants tant par leur virtuosité que par leurs incessantes recherches (citons dans le désordre Sclavis, Texier, Tiersen ou Imbert) et parmi eux, l’illustre Michel Portal.

Clarinettiste issu du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, il brilla dans les années 50’ par ses interprétations classiques. Mais, très versatile et expressif, le musicien s’aventura vers des domaines beaucoup plus surprenants tels que la « musique vivante » -aux côtés de Kagel, Stockhausen, Berio, Boulez, Globokar et Diego Masson… rien que ça-, mais aussi les musiques de films (pour lesquelles il remporta moult récompenses) et surtout le jazz dans tous ses aspects -improvisé, lyrique, pittoresque, passionné, romantique, …

Minneapolis We Insist! s’intéresse lui au jazz groovy impulsé par les noirs Américains. Présenté dans un digipack hyper soigné, illustré par Guy Le Querrec, l’album est un recueil de quatre concerts effectués entre février 2001 et février 2002 (respectivement à Créteil, Tourcoing, Paris et Lyon). Avec cette compilation, Michel Portal façonne un album aux contours très divers, réalisant un syncrétisme audacieux entre les multiples courants du jazz actuel. Puisant dans une palette de sonorités impressionnante, l’artiste et ses 4 acolytes (guitare, piano, basse et batterie) empruntent les dissonances harmoniques du free (« Domimonk »), les mélopées harmonieuses du jazz sculptural (« Solitudes » et le « Good Bye Pork Pie Hat » de Mingus magnifiquement réinterprété), la robustesse et la technique du rock des seventies (« Everything Must Change »), le groove organique des courants les plus modernes (« Sky Tinted Water ») et les atours des musiques d’Afrique noire (« On Nicolet Avenue »).

L’interprétation de chaque musicien est frissonnante : Michel Portal jongle avec une dextérité fascinante entre saxophones, clarinette basse et bandonéon (« Judy Garland ») et les autres musiciens délivrent une prestation monstrueuse offrant un son suitant, chaud, organique mais aussi parfois totalement débridé, hallucinant techniquement et rythmiquement -Jeff Lee Johnson sur « Take The Portal », Sonny Thompson dans « Open Season », Michael Bland dans « Shopping For Black Shirts » ou « Domimonk ».

Mais surtout les musiciens ont une liberté de ton illimitée et exacerbent leurs moindres velléités, ainsi Jeff Lee Johnson tente le scratch sur « Take The Portal », Sonny Thompson chante et rappe (à merveille) sur « MP On The Run » (où l’on apprend à l’occasion l’origine de sa rencontre avec Michel Portal, hilarant), « Open Season » et le magique « Everything Must Change ». Enfin, comment occulter Tony Hymas, claviériste et pianiste, véritable architecte aussi discret que virevoltant (« Matourmatourmatourmalet »), rappelant éminemment Martial Solal, jadis compagnon de route de Portal.

En quelques mots, si vous souhaitez vous familiariser avec l’univers extrêmement dense du jazz contemporain, cet album est plus que conseillé. Terriblement varié, virtuose et plein à craquer (plus de 78’) vous passerez des heures à le décortiquer…

Demisroussos81