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Rite “Death I Hear You Calling But I Can’t Come Home Rite Now”

Myspace

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Amateurs de métal et de noise, faites un pas ! Pour ceux qui ne connaissent de la Finlande que le death métal, style hautement pratiqué dans les pays nordiques, il est temps de faire une mise à jour de votre répertoire avec Rite comme invité d’honneur. Père de quatre démos et compositeur de trois albums, le groupe nous balance un chant anglais sans growl au rythme de lourdes parties instrumentales qui combinent l’énergie punk et les sonorités profondes et caverneuses du métal. Une belle réussite de différenciation quand on sait que le groupe avait débuté avec un chant death avant de se raviser.

Sorti en 2008 sur Longfellow Deeds Records, l’album « Death I Hear You Calling but I Can’t come rite now » est le troisième album de Rite et le tout dernier volet d’une carrière débutée en 1995 (avec la démo « Démo 95 »). Entre solos puissants et aigus sur « Rival Damnation », des passages à la Black Sabbath ou à la ACDC, des envolées épiques et guerrières sur « Death After Life » (rythmes de tambours de guerre), Rite excelle surtout dans le noise métal, lequel dégage un charisme et une présence colossale sur cette album. Se dégageant du style punk par le travail de composition effectué, ce troisième LP ne garde de ce style que la nature brute et saturée, livrant un son fort et carré à nos oreilles voraces. Nul doute qu’un concert de Rite mouille le t-shirt et enclenche pogos et torticolis. Vous aimez le son pesant d’Alice In Chains tout en trouvant ça peu enclin à l’embrasement furieux des sens ? Alors Rite devrait aisément trouver sa place dans votre playlist.

Charlotte Noailles.
Chroniqueuse pour Collective Anthem/W-Fenec/Adn Sound


RAPHAEL IMBERT-Bach Coltrane




1) Die Kunst der Fuge (the Art of the Fugue), for keyboard (or other instruments), Bwv 1080: 1st Contrepoint et improvisation
2) Crescent, for jazz ensemble
3) Concerto for harpsichord, strings & continuo No. 5 in F minor, Bwv 1056: Largo
4) Improvisation on Bach's Keyboard Concerto Bwv 1056, for jazz ensemble
5) Introduction to "he nevuh said a mumbalin' word"
6) And he Never Said a Mumberlin' Word
7) Improvisation on Bach's Fantasie Bwv 542, for jazz ensemble
8) Mass in B minor, for soloists, chorus, & orchestra, Bwv 232 (bc E1): Crucifixus
9) Die Kunst der Fuge (the Art of the Fugue), for keyboard (or other instruments), Bwv 1080: 9e Contrepoint - Quatuor Manfred
10) Song of praise, for jazz ensemble: partie 1
11) Jesu, meine freude, motet for 5-part chorus, bwv 227 (bc c5): partie 2
12) Cantata No. 170, "vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust," Bwv 170 (bc A106): 1st Air
13) Improvisation sur b.a.c.h. (imbert) / the father, the song and the holy ghost (coltrane)
14) Mit Fried und Freud ich fahr dahin, for choir
15) Reverend King, for jazz ensemble
16) Chorale for jazz ensemble in E major
17) Work(s): o welt, ich muss dich lassen, bwv 45

Singulier ce travail de Raphaël Imbert qui ressuscite deux monstres sacrés de la musique : Johann Sebastian Bach et John Coltrane. Singulier pas dans la forme car l’essai, de conjuguer le free jazz avec ses racines inavouées irriguées par les musiques classiques, n’est pas nouveau. L’originalité de cette réflexion s’opère plutôt dans l’association d’un quintet jazz avec un quatuor à cordes et dans un mariage de tous les instants entre ces deux entités : saxophone ténor et violons s’enchevêtrent avec poésie et façonnent un syncrétisme réussi et audacieux entre la rigueur imprimée par Bach et l’espace immense déployé par le travail d’improvisation acharné Coltranien.
A noter que la démarche se poursuit jusque dans l’enregistrement : immortalisé dans une chapelle… en une poignée de prises…
Si vous ne deviez jeter une oreille que sur un seul morceau de cette œuvre érudite, ne passez pas à côté de « And he Never Said a Mumberlin' Word » : Negro Spiritual revisité par la sensibilité harmonique des cordes et émaillé d’un solo de sax parmi les plus délicats et pénétrants de l’année ; quant à la performance vocale du ténor-batteur-percussionniste Jean Luc DiFraya, dire qu’elle confine au sublime relèverait de la litote pure.

Demisroussos81 (Flo)

AMANDA PALMER - "Who Killed Amanda Palmer"


1. Astronaut, 2. Runs In The Family, 3. Ampersand, 4. Leeds United, 5. Blake Says, 6. Strength Through Music, 7. Guitar Hero, 8. Have to Drive, 9. What's the Use of Wondr'in?, 10. Oasis, 11. The Point of It All, 12. Another Year


>>> Myspace <<<

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Il y a des choses qu’on peut difficilement esquiver sur son parcours. En ce point, le Docteur ès zizik que je suis ne saurait faire l’impasse sur Amanda Palmer.


Près de dix ans séparent les premiers pas de la belle de Boston dans son duo punchy des Dresden Dolls du présent album. Amanda Palmer se la joue solo, expérimentant - pour un temps - l’aventure musicale sans cet incroyable mime-batteur qu’est Brad Viglione. Se la joue solo ? Pas exactement mes amis. En effet, si notre reine du clavier s’est lancée dans cette épopée-ci, ce n’est que soutenue par le violoniste et actuel producteur de son album, j’ai nommé l’australien Ben Folds. Mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est bien l’album d’Amanda, le violon restera toujours très discret.


Ces petites précisions inscrites, qu’en est-il à proprement parler de Who Killed Amanda Palmer ?


Avant de rentrer dans le détail de l’album et ainsi décortiquer une à une les douze pistes pour cabaret-punk que la demoiselle nous offre, il est une chose qui frappe de suite : Amanda a retrouvé le feu des débuts survoltés des Dresden. Là où sa prime formation faiblissait de CD en CD pour finir sur un mou du genou No, Virginia, nous retrouvons toute la fougue qu’on aime chez elle. Ni ces noires années, ni même sa récente opération des cordes vocales ne semblent plus pouvoir l’affecter. Pour tout admirateur de cette diva du 21ème siècle, c’est une véritable renaissance.


Dans le détail, Amanda nous offre des pièces plus personnelles, n’hésitant pas à ressortir des fonds de tiroir comme sur le calme mais intense Strength through music ou encore nous présenter ses autres amis, comme sur la reprise de What’s the use of wond’rin’ ? avec Annie Clark (de St Vincent, que je vous conseille pour les avoir vu en live l’été passé), ou encore East Bay Ray (des Dead Kennedys)… pour ne citer que mes favoris. Amanda a su s’entourer, pour notre plus grand plaisir, et ce sans que les apparitions des uns comme des autres ne brisent l’harmonie de l’œuvre.


Tout commence par Astronaut, dès la première note claquée dans un cri retenu, toute la véhémence de son être. Un premier couplet posé, un fond très calme violoncellé, au piano muselé, mais Amanda est l’eau qui dort, jouant sur le registre du You snooze you loose cher à Gonzales, elle repart bien vite pour notre transport, et de là, ça ne s’arrête plus. Je la revois encore jouer ça, frappant parfois ses notes avec le coude. Véridique. Et que dire de sa voix, sa voix ! Toujours à un doigt de casser, mais toujours à la note juste, toujours une passion rimant dangereusement avec perfection. Une fois remis, on se le demandera : mais quand piano et violon se sont-ils si bien accommodés dans notre histoire ? Ne cherchez pas, Astronaut, sur ma planète, on appelle ça un tube en puissance. Simplement. Cette mise en bouche ne semble pas avoir entamée notre vaillant duo, qui enchaîne sans transition avec le nerveux Runs in family, au tempo sonnant comme une course contre la montre, en adéquation avec ses paroles. Suivra l’intime Ampersand, qui nous permet de retrouver les ballades au piano côtées des Dresden Dolls. Et Re-boom ! Leeds United vous empêche de vous poser, avec un piano straight qui a enflammé les plus belles heures du cabaret punk. Amanda est aux commandes et elle le prouve, on sort pour une première fois les trompettes, même sur celle-là, où tout se joue finalement aux montées rock de la dame. Pour se remettre, deux chansons travaillant d’avantage sur le sens des paroles que la puissance des mélodies, je ne dévoile rien.


Bon, jusqu’ici, c’était très bien. Nan, vraiment. Très bien.


Mais voici venu Guitar Heroe, le titre qui rend cet album obligatoire, celui que j’ai écouté en boucle durant des nuits et des nuits en me remémorant de ce baiser avec Amanda (cadeau d’anniversaire, eh ouais mon pote !). Qu’est-ce qui s’est passé lorsqu’Amanda a pondu cet hymne ? Si vous n’avez jamais vu à quoi ma muse chérie ressemble, jetez un œil à ce clip en particulier. Décrire toute la puissance de ce morceau est un véritable challenge mais baste ! Rien qu’à la première note saturée, on sent le gros tube du fond des âges venir, comme une prémonition au coup de foudre auriculaire. Puis c’est l’accord magique sur guitare électrique, et après ça, tout peut arriver, et tout arrive ! Un piano qui claque en osmose, la voix d’Amanda comme une injonction à aimer ce qu’elle nous inflige, à la fois puissante, partant dans des montées qu’on lui ignorait encore chez les Dresden, sentimentale, battant au rythme violent de ce qu’est vraiment la vie. On m’accusera de subjectivité ! Je la revendique, et vous mets au défi de rester indifférent à ce crescendo. Voilà !


Vous l’aurez compris, après cette bombe, le reste de l’album importait peu. Très sérieusement, il aurait pu s’arrêter là, je ne lui aurais rien reproché. Tout comme mon article, tiens (mais sentant les ondes tout aussi télépathiques que coercitives de mon rédac chef, je préfère continuer). Ainsi il vous faudra du temps pour remarquer la piste suivante, Learn to drive, très posée, presque a capella, qui plus est. Non, tout ne recommencera que sur le duo pastichant Le Carousel, avec Annie Clarck, tellement l’humour vient s’incruster. Puis bizarrement, là où nul d’humour n’avait jusqu’ici pointé le bout de son petit nez rouge, Oasis, qui, traite de l’avortement chez l’adolescent comme s’il s’agissait d’une comédie musicale. Comme devait s’en défendre plus tard Palmer face aux censures des radios anglaises, il est pourtant difficile de traiter de sujets douloureux (la chanson lui viendrait en partie de sa propre expérience) avec humour, et c’est un vrai tour de force que d’y parvenir. J’en connais une qui aurait été très copine avec notre regretté Desproges. Clip très amusant, ceci dit. Bon, petit Point of it all où Amanda laisse peut-être un peu plus de leste à Ben Folds (quoique).


Et tel un sale Jack-in-the-box, un dernier morceau dévastateur. Guitar Heroe vous à fait vous sentir vivant ? Apprêtez-vous à mourir sur place. Another Year, un crève-cœur, si les paroles ont une quelconque résonance chez vous, ou même si elles n’en n’ont pas. Bienvenue dans la cour des grands joueurs de piano, ce qui force d’ailleurs l’admiration chez Palmer, puisqu’elle n’a jamais appris à lire une partition. En une gamme tout est plié : vous savez que vous n’allez pas repartir indemne. Encore une fois, je ne tiens pas à lever le voile des paroles, si vous ne comprenez pas bien l’anglais, il me semble plus judicieux d’aller voir par vous-même une traduction. Je m’autorise une digression (encore) pour souligner que bien de belles chansons, comme Strange Fruit, prennent un fond dramatiquement percutant lorsque vous savez de quoi elles retournent. Amanda Palmer nous gardait la plus intime pour ce final que je vous déconseille fortement d’écouter en boucle.


Définitivement, l’album qui aura marqué l’année passée, pour votre modeste serviteur.


OK, à titre plus personnel, cet article me voit réintégrer Collective Anthem. Par l’amélioration sensible de mes moyens d’action, me voici définitivement de retour dans la place. Désolé de cette longue absence…

METALLICA - "Death Magnetic"


1. That Was Just Your Life, 2. The End OF The Line, 3. Broken Beat & Scarred, 4. The Day That Never Comes, 5. All Nightmare Long, 6. Cyanide, 7. The Unforgiven III, 8. The Judas Kiss, 9. Suicide & Redemption, 10. My Apocalypse

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Voilà un an déjà que Metallica nous a offert l'album tant attendu, après un album et une période chaotique, le recrutement d'un nouveau bassiste, et même un reportage pour nous montrer tout ça.

L'album s'ouvre sur les battements de coeur de "That Was Just Your Life". On est directement plongé dans une ambiance flippante, presque tendue. Les petits arpèges en son clair viennent ajouter à l'effet, avant de nous envoyer du gros son en disto dans la tronche. Le tout reste bancal quelques mesures, avant d'avoir droit à un bon vrai riff trash, comme on en avait pas eu depuis belle lurette avec eux. Le ton est donné ! Et ça continue en beauté, notamment avec "Broken, Beat & Scarred" autre hymne du retour au trash. En ce qui me concerne, "The End Of The Line" passe presque inaperçue entre les deux mastodontes du début.

On poursuit avec "The Day That Never Comes", offert avant l'heure en single, on a même eu droit a un clip grosse production (A noter le clip antimilitariste, qui rappelle la chanson "One", dont les coups de caisse claire imitent une mitraillette). La première impression, en entendant les jolis arpèges en son clair, survolés par des accords d'octave en légère disto, le chant posé, un refrain tendance rock, on se dit qu'on est repartis en 1990, au Black Album. La peur s'empare alors de notre pauvre petit esprit qui avait cru que Metallica était revenu au trash, malgré les quelques rares riffs rapides par-ci par-là et le petit solo en duo, comme il y a 20 ans.

Mais que l'on se rassure, nous sommes servis par les deux prochains morceaux : "All Nightmare Long", et "Cyanide". Une claque énorme ! De la patate ? En voici en voilà. Du trash ? A volonté. On a même sur "Cyanide" un bon gros break qui frise avec le progressif, nous rapellant chaleureusement peut être l'un des seuls albums Trash/Prog de l'histoire de la musique : "...And Justice For All". Nous voilà donc rassurés =)

Après cette bonne grosse dose de pêche, on apprécie l'intro cool au piano de la troisième version de "The Unforgiven", où là encore beaucoup de choses changent par rapport aux versions précédentes. On est à nouveau dans le registre rock, qu'on pourrait associer à toute la période des années 90', avec Load et Reload. C'est un morceau que je trouve très beau, avec de belles paroles, une intro au piano qui nous met bien dans l'ambiance, et un solo magnifique (peut être l'un des seuls de l'album, j'y reviendrai plus loin).

Et après ce qu'on pourrait appeler "l'oasis de calme" au beau milieu de l'album, on revient dans le vif du sujet, avec "Judas Kiss", qui vacille entre heavy et trash. Et après... ô surprise, un morceau instrumental ! Un de ceux qui fait bouger la tête toute seule. "Suicide & Redemtion" surprend, car il y avait une vingtaine d'années qu'on avait pas eu de morceau instrumental sur les albums de Metallica. Une autre marque d'un retour aux sources. (A noter que "Suicide & Redemption était le titre originel de l'album). Le morceau se divise en plusieurs parties, tantôt lourdes, tantôt planantes, où Kirk Hammett se promène. On termine sur "My Apocalypse", morceau qui sonne trash, et se rattache au gros de l'album.

Avant de conclure, un petit mot sur les solos de cet album : c'est sans doute l'une de mes rares déceptions du disque. Non pas que je dénigre Kirk Hammet, qui reste un de mes idoles guitaristique, j'ai l'impression qu'il manque quelque chose. Je m'explique : même si ça joue très bien, que le niveau est énorme, j'ai le sentiment qu'il a perdu "la flamme" qu'on pouvait saisir sur les solos de "One", ou de "Master Of Puppets" et qui nous faisait décoller. C'est une impression globale sur l'album que j'ai, et que je souhaitais faire partager.

Maintenant pour finir, j'ai personnellement adoré cet album, malgré quelques déceptions. Je suis ravi de voir que le groupe revient à ses premiers amours et qu'il n'a pas perdu la main (voir ça ici), et j'apprécie également beaucoup les morceaux moins typés trash. C'est pour moi un bon album, qu'on se doit d'avoir sur son PC si on aime Metallica =)

Voilà !
Pierre

GRAND CORPS MALADE - "Enfant De La Ville"



1-Mental 2-Je viens de là 3 - Comme une évidence 4 - 4 saisons 5 - Pères et mères 6 - A la recherche 7 - Le blues de l'instituteur 8 - Rétroviseur 9 - J'écris à l'oral 10 - Enfant de la ville 11 - La nuit 12 - J'ai pas les mots 13 - Avec eux 14 - Underground 15 - L'appartement 16 - Du côté chance


Aaaah… Grand Corps Malade ça vous dit un truc ? Oui un grand avec des béquilles qui a popularisé le… mais oui vous savez ce genre de poésie urbaine… raaaah oui comme du rap mais avec la voix plus en avant… ah oui ça y est le slam ! Que même que vous aviez bien ri sur « Ma Tête mon Cœur et Mes Couilles » et que vous vous êtes senti brillant lorsque vous avez décelé le nid de métaphores perché dans « Les Voyages en Train » ses deux plus grands -et fulgurants- succès.

Et bien vous savez, ce mec après avoir fait un premier album (ouaip, ouaip, 16 titres avec arrangements, featurings et tout le tintouin) et bin le garçon a persisté et en a même réalisé un second il y a de ça déjà quelques années, si, si.

Alors, si le premier opus Midi 20, avait cartonné créant un consensus mérité entre grand public, férus de chanson et aficionados du hip hop ; le deuxième -et dernier- Enfant de la Ville est passé complètement inaperçu… La faute à un style musical trop immature et superficiel pour rencontrer plus qu’une adhésion éclair ?

Non, non et renon car tout d’abord il ne faut pas se méprendre, Grand Corps Malade ne fait pas le slam mais du slam, pas le plus musical, pas le plus intense, pas le premier, pas le plus théâtral, pas le plus hautain, pas le plus engagé, pas le plus habité ni le plus grandiloquent ou le plus passionné mais un slam singulier, avec du cœur, de l’âme et du talent et le monsieur à des choses à dire…

Et, avec ce deuxième effort, notre conteur amplifie son évolution par rapport à la scène slam traditionnelle en ébauchant les contours musicaux avec plus de soin et appuyant les orchestrations quasiment au même niveau que la voix. Celles-ci vont parfois même jusqu’à surpasser les écrits étant pourtant la sève de cet art (« Mental », « Du Côté Chance »).

Une évolution de prime abord un peu déconcertante, car les titres sont désormais investis de plus de groove mais moins poétiques, moins variés rythmiquement, moins riches sémantiquement, l’auteur a plus souvent recours aux refrains alors que ses précédentes compos étaient savamment libres de toutes structures. En outre, certains morceaux alourdissent conséquemment l’ensemble par leur inspiration clichesque, leurs arrangements trop plats ou leurs rimes carrément pauvres (« Comme une Evidence », « 4 Saisons », « J’ai Pas les Mots »).

Pourtant, en dépit du fait que les constructions verbales sont moins ambitieuses et le format des chansons plus éculé quelques jolies pirouettes demeurent : « La Nature je la respecte c’est pour ça quj’écris en vers » ; « C’est un souvenir glacial comme ce soir de décembre où tes espoirs brûlant ont laissé place à des cendres » ; mais surtout « Pères et Mères »… en totalité.

C’est en fait dans un autre sens qu’il faut aujourd'hui percevoir le son de Grand Corps Malade, non dans le génie narratif mais au travers des émotions déployées. Ainsi certaines compos sont empreintes d’une magie et d’une nostalgie indéfinissables mais prégnantes (« Rétroviseur »). Tandis que le reste, par le fruit d’une écoute attentive faisant abstraction d’un début de galette aussi atone qu’une réunion du Sénat suisse, est tout a fait goûtu. Voguant avec caractère entre humour « Underground », « L’Appartement » ; purs bijoux insolites : « La Nuit » ode à la mystérieuses entité nocturne ; textes échevelés, « Pères et Mères » mettant une baffe à tous les concurrents ; poésie brute « J’Ai Pas les Mots » ; slam « old school », sincère et jazzy avec un Oxmo Puccino toujours aussi grisant (« À La Recherche ») ; contestation mélancolique rappelant la verve du premier opus « Le Blues de l’Institueur ».

Cet album fait donc montre d’une évolution réelle traduisant la volonté de GCM de grandir en tant qu’artiste, empruntant autant à la variété qu’au classique populaire. Sans être aussi frais, inventif et indispensable que le premier volet, ce disque est à envisager au-delà des lyrics ; moins percutant, le message est plus serein à l’image de son auteur qui, lorsqu’il tente de s’aligner sur ses précédentes trouvailles sent un peu le réchauffé. En clair, Grand Corps Malade ce n’est plus que du slam…

Demisroussos81

MICHEL PORTAL - « Minneapolis We Insist ! »

1. Good Bye Pork Hat (7:52), 2. Take The Portal (8:05), 3.On Nicollet Avenue (6:15), 4. Domimonk (8:48), 5. Sky Tinted Water (4:33), 6. Matourmatourmatourmalet (5:09), 7.MP On The Run (4:38), 8. Solitudes (5:32), 9. Open Season (6:32), 10. Introduction To Judy Garland (0:18), 11. Judy Garland (3:38), 12. Shopping For Black Shirts (4:08), 13. Unspoken Truth (4:28), 14. Solitudes (Slight Return) (0:37), 15. Everything Must Change (7:37)

A la fin du XIXe siècle Wagner entonnait en substance que la France était le pays le moins doué quant à la pratique musicale. Une affirmation quelque peu présomptueuse, inévitablement liée aux tensions entre modèle Prussien (puis Allemand) et Français, mais, reconnaissons le, assez vraie… sauf que notre distingué compositeur teuton mourut en 1883 et l’avenir lui donna bien tort. En effet, depuis les années 1880’ et la musique contemporaine menée par les géniaux Satie, Debussy et Ravel, l’Hexagone n’a cessé de compter en ses rangs des musiciens impressionnants tant par leur virtuosité que par leurs incessantes recherches (citons dans le désordre Sclavis, Texier, Tiersen ou Imbert) et parmi eux, l’illustre Michel Portal.

Clarinettiste issu du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, il brilla dans les années 50’ par ses interprétations classiques. Mais, très versatile et expressif, le musicien s’aventura vers des domaines beaucoup plus surprenants tels que la « musique vivante » -aux côtés de Kagel, Stockhausen, Berio, Boulez, Globokar et Diego Masson… rien que ça-, mais aussi les musiques de films (pour lesquelles il remporta moult récompenses) et surtout le jazz dans tous ses aspects -improvisé, lyrique, pittoresque, passionné, romantique, …

Minneapolis We Insist! s’intéresse lui au jazz groovy impulsé par les noirs Américains. Présenté dans un digipack hyper soigné, illustré par Guy Le Querrec, l’album est un recueil de quatre concerts effectués entre février 2001 et février 2002 (respectivement à Créteil, Tourcoing, Paris et Lyon). Avec cette compilation, Michel Portal façonne un album aux contours très divers, réalisant un syncrétisme audacieux entre les multiples courants du jazz actuel. Puisant dans une palette de sonorités impressionnante, l’artiste et ses 4 acolytes (guitare, piano, basse et batterie) empruntent les dissonances harmoniques du free (« Domimonk »), les mélopées harmonieuses du jazz sculptural (« Solitudes » et le « Good Bye Pork Pie Hat » de Mingus magnifiquement réinterprété), la robustesse et la technique du rock des seventies (« Everything Must Change »), le groove organique des courants les plus modernes (« Sky Tinted Water ») et les atours des musiques d’Afrique noire (« On Nicolet Avenue »).

L’interprétation de chaque musicien est frissonnante : Michel Portal jongle avec une dextérité fascinante entre saxophones, clarinette basse et bandonéon (« Judy Garland ») et les autres musiciens délivrent une prestation monstrueuse offrant un son suitant, chaud, organique mais aussi parfois totalement débridé, hallucinant techniquement et rythmiquement -Jeff Lee Johnson sur « Take The Portal », Sonny Thompson dans « Open Season », Michael Bland dans « Shopping For Black Shirts » ou « Domimonk ».

Mais surtout les musiciens ont une liberté de ton illimitée et exacerbent leurs moindres velléités, ainsi Jeff Lee Johnson tente le scratch sur « Take The Portal », Sonny Thompson chante et rappe (à merveille) sur « MP On The Run » (où l’on apprend à l’occasion l’origine de sa rencontre avec Michel Portal, hilarant), « Open Season » et le magique « Everything Must Change ». Enfin, comment occulter Tony Hymas, claviériste et pianiste, véritable architecte aussi discret que virevoltant (« Matourmatourmatourmalet »), rappelant éminemment Martial Solal, jadis compagnon de route de Portal.

En quelques mots, si vous souhaitez vous familiariser avec l’univers extrêmement dense du jazz contemporain, cet album est plus que conseillé. Terriblement varié, virtuose et plein à craquer (plus de 78’) vous passerez des heures à le décortiquer…

Demisroussos81

KEHLVIN - "Holy Cancer"


1. Le Barnacle (Love Will Never Be Enough) 2. Untitled 3. God As A Mere Intentional Object 4. Untitled 5. Atheist Hope 6. Untitled



Vous connaissez tous Converge, Time to Burn ou encore Envy, les grands costauds de la scène hardcore internationale, et voilà qu'en 2006 Kehlvin débarque de la Suisse avec son premier album « The Mountain Daylight Time » et ajoute son nom à la généalogie des brutes épaisses. Appuyé par Division Records, le groupe enchaîne les projets: en 2008 les suisses ont enregistré « Ascension » avec Rorcal, ainsi qu'un EP de trois morceaux (découpé en six pistes). Cette petite galette intitulée « Holy Cancer » est accompagnée d'un DVD Live 2006-2007 qui fait plaisir aux yeux comme aux oreilles. Avec cette sortie, Zen (batterie), Yonni (chant), Baptiste (basse), Spieli et Fabien (guitares) reviennent pimenter le hardcore à l'aide d'un sludge massif. Le sludge... Qu'est-ce que cette chose-là? Allez, on pose le skeud sur la platine et on se débouche les oreilles sans tarder avec cette mixture sonore et boueuse (traduction de sludgy).

Grâce à des ambiances lourdes inspirées de ce style musical né au début des années 1990 en Nouvelle-Orléans, et du post-hardcore, Kehlvin revient pour mettre la pagaille dans les chaumières. On définit le sludge comme la fusion du doom metal et du hardcore dont Kehlvin utilise ici les caractéristiques respectives. Du doom, le groupe a conservé les atmosphères rugueuses et puissantes (Le Barnacle (Love Will Never Be Enough), un tempo lent, ainsi qu'un goût prononcé pour les morceaux-fleuves (piste 1: 12min02, piste 5: 10 min58) et l'instrumental (piste 2, piste 4, et Atheist Hope = piste 6). Du hardcore, Kehlvin conserve la voix menaçante et saturée. Seul la piste 6 nous laisse entendre une voix enregistrée en chant clair. Excepté ce morceau, le reste de l'EP est habité par la gueulante. Dès le premier morceau, Le Barnacle, Kehlvin délivre ses cris via un Yonni qui livre toute sa puissance au milieu d'une explosion de cordes dévouées à la distorsion. Attention, ça déboîte, jusqu'à ce que des virées instrumentales musèlent plus que de coutume la gueule béante de Yonni, lequel ne fait aucune infidélité au screamo tout l'EP durant. Sombre, brute, les pistes 3 et 5 beuglent en tous sens tandis que le tempo se fait étrangement lent pour un groupe de hardcore. A contrario, on retrouve des influences plus primitives avec la piste 3, God As A Mere Intentional Object. Tendez la main sans peur car les hurlements se font souvent la malle. Le groupe n'a rien d'un agneau mais l'instrumental est si présent qu'on en oublie souvent la voix qui s'est tue après les passages rageurs. Les structures progressives brisent le modèle couplet-refrain et nous accorde ainsi quelques pauses bien méritées. Pour digérer le tout, les guitares nous transportent loin des tranchées du head-banging pour un univers séraphique et soigneusement cadencé.

« Holy Cancer » c'est donc beaucoup d'accalmies inattendues et de retours brutaux au chaos. Avec Kehlvin, c'est tout l'un ou tout l'autre, comme de passer brusquement de l'eau chaude à l'eau glacée. En résumé, ça surprend, ça beugle, ça ferme sa gueule, et ça s'énerve avant de revenir au lyrique. Le morceau Atheist Hope débute par des guitares voluptueuses et circulaires dans un tout sans voix qui donne l'impression d'écouter du Explosions In The Sky (rock indie), puis les guitares pesantes et apocalyptiques reviennent violemment avec un Yonni plus saturé que jamais. On retrouve un bel exemple de doom dans cette même piste 6 avec une batterie extrêmement lente et metallique. Une batterie aliénée sur laquelle Zen donne inlassablement les mêmes coups de cymbales.

Kehlvin est un groupe franc de la baffe qui propose aussi de belles poussées nostalgiques et instrumentales. A découvrir pour tous les amateurs de Cult Of Luna, Neurosis, Forceed, Isis et j'en passe.

Charlotte Noailles.

IMPURE WILHELMINA - "Prayers And Arsons"



1. Continental Breed, 2. Hide Your Anger, Give Your Mounth, 3. Poisons And Blandes, 4. The End Within, 5. Travel With The Night, 6. As We Kneel, 7. Cover Me With Kindness, 8. The Rope, 9. Drift

Si certains groupes perdent de leur saveur les albums passant, Impure Wilhelmina est encore loin de connaître le même sort. Sortie en 2008, la dernière galette intitulée « Prayers and Arsons » (« Prières et Incendies ») démontre qu'avec l'âge (le groupe existe depuis 1996) le son des quatre Suisses ne cesse de se bonifier. Après un EP et trois autres albums (Afraid en 2000, I Can't Believe I Was Born in July en 2003, L'Amour, La Mort, l'Enfance Perdue en 2005) « Prayers and Arsons » nous balance neuf nouveaux titres à savourer.

Le son chargé d'une mixture hardcore mêle le chant clair à son jumeau contraire, « screams screams! » sur un schéma mélodieux et soigné. Les arpèges subtils et incessants séparent définitivement Impure Wilhelmina des autres brutes du hardcore. La mélodie n'a jamais été aussi présente dans un groupe originellement taillé pour la cogne. Des nuages saupoudrés d'une suie épaisse. S'il y a bien un groupe de la scène hardcore qui fasse penser au clair-obscur c'est bien Impure Wilhelmina. Loin d'être le seul groupe de la lignée hardcore à incorporer avec soin la mélodie dans ses compositions, il est pourtant l'un des seuls qui s'autorise à explorer aléatoirement l'obscurité et la lumière, empêchant une classification mono-bloc de leur son. Tout comme Asidefromaday, Impure Wilhelmina propose un voyage dans les profondeurs avec une flopée de passages mélodieux dans les artères et le sombre comme arrière-plan, à la différence qu'Impure Wilhelmina laisse une place importante aux arpèges qui semblent être des rayons de lumière dans la tourmente. L'effet rendu est qu'on ne sait pas clairement où l'on va. Le premier titre, Continental Breed, est le passe-partout de l'album avec un chant clair qui nous fait tranquillement entrer dans une spirale bien huilée de guitares passées maîtres dans l'art de la virtuosité. Plutôt posé par rapport aux autres morceaux Continental Breed a l'avantage de démontrer le niveau musical du groupe.

L'inhabituel avec Impure Wilhelmina se trouve dans l'alliance d'arpèges harmonieux avec un hardcore mutant. Avec le deuxième morceau Hide your anger, give your mouth ça attaque sec et le groupe met tout sans dessus dessous pour notre plus grande surprise. On ne s'y attendait pas, puis au milieu du carnage une ballade pointe son nez avec un chant clair, une batterie adoucie et des accords à la Sunny Day Real Estate. Avec Drift on observe la symbiose entre des accords de post-rock (// avec To THE Vanishing Point ou Zero Absolu) ou même viscéralement rock (Matchbook Romance, Ghinzu) et des bêtes plus franches du collier comme Rorcal, Pain, Kehlvin, etc. Après le début mélodieux de Cover me with kindness on entend soudain une gratte typiquement death (Gojira es-tu là?) appuyé d'un solo aigu qui accélère le pouls et fait monter le son en puissance. Une belle dérouillée puis retour dans la zone douceur. Avec « Prayers and Arsons » la distortion n'est pas automatique, merci les gars! On évite ainsi l'album brouillon et 100% cru. On sent un véritable travail sur le son avec Drift et son chant clair dans un morceau entre l'apocalypse et une ambiance doom. Quant à The End Within le début fait clairement penser à Bohren § Der Club of Gore (doom), avec une once de pêche en plus et un screamo feutré en bonus. De nouveau on retrouve les arpèges en son clair tandis qu'une guitare plus grave fait de la répétition son leitmotiv. La batterie contenue empêche les autres instruments de s'emballer jusqu'à ce que Michael (chant) opte pour une voix saturée qui leur relâche la bride sans pour autant abandonner les mélodies aériennes qui se tissent en fond. Poisons and blades a tout de l'ambiance de Pillar de Sunny Day Real Estate mais lorsque Michael viendra se joindre à la partie on retrouvera les élans hardcore d'un As we kneel ou Hide your anger, give your mouth.

Pour conclure, Impure Wilhelmina, ce n'est pas du death, ni du doom, ni du metal post-hardcore mais un habile assemblage d'humeurs calmes et furieuses. Il est temps de donner à ce groupe toute la renommée qu'il mérite. « Prayers and Arsons », un album sous les bombes et dans les cieux.

Charlotte Noailles.

HECTIC PATTERNS - "Random"


1. Vaseline, 2. Asylum, 3. Macabre Punishment, 4. The Grand Hare Order, 5. Hyperborea, 6. I'll Quit Smoking Tomorrow, 7. Random, 8. Shiva, 9. Entreprise, 10. Thailand


Tu attends avec impatience le nouveau Martyr et pleures la dislocation de Gorguts ? Tu maudis ton pote qui t’as posé un lapin 3 jours avant de décoller pour le Hellfest alors que ce pèlerinage était prévu depuis de longs mois ? OK, sèche tes larmes petit et ressort ton piercing nasal, oncle Demis a de la came pour toi : Hectic Patterns déboule avec son premier album Random et derrière ces épitaphes peu explicites et un artwork douteux se masse en fait une des futures références hexagonales (voire au-delà) en termes de brutal death chirurgical…

En effet la prod’ de fou furieux sublime (enfin, façon de parler) la dextérité de chaque interprète. Ludo et François, gratteux de leur état, monstrueux, apparaissent même comme les plus communs, en dépit d’un jeu n’ayant rien à envier à Fredrick Thordendal (Meshuggah, …) & Co. C’est en fait à la rythmique que le tout s’avère le plus hallucinant : dans la tradition actuelle de la basse (enfin) audible, clinquante et virtuose, Nico excelle (« Asylum », l’entame d’ « Enterprise ») mais que dire de Greg, batteur boulimique de variations de tempi, impulsant nombre de polyrythmies et usant jusqu’à la moelle de sa multitude de toms et cymbales qui, ici, ne sont pas utilisé(e)s pour en mettre plein la vue sur les photos -rarement la China avait aussi bien sonnée. Au chant, James impose le respect, distillant pêche et puissance dans la plus pure tradition growlée, intégrant néanmoins quelques digressions éraillées bienvenues.

En outre, le combo pond des ogives à la pelle (« Vaseline », « The Grand Hare Order », « Asylum » et ses mosh parts cinglantes) anabolisées par une complexité et une déstructuration poussées (« Hyperborea »). Des titres aussi frappés que « Macabre Punishment » feraient même pâlir Beneath The Massacre…

Pour autant, la formation n’atteint pas la perfection, cantonnant ses rares incartades vers des paysages plus aérés et aventureux à de brèves intros et ne parvenant pas à façonner le relief nécessaire à une musique aux atours pourtant si riches d’influences. L’instrumental « I’ll Quit Smoking », trop peu habité, en est la plus pure illustration.

Il n’y a donc pas ici de soli lyriques et cristallins si bien mis en valeur par un groupe tel que Necrophagist ; pas d’emprunts « Cyniciens » comme chez les prometteurs The Faceless ; pas non plus d’expérimentations développées à un niveau assez confondant pour rappeler Pitbulls In The Nursery ; ni de tempérances folk comme chez les feu Nostromo.

Ce sont donc ces quelques réserves qui instituent une certaine linéarité à partir de la seconde moitié de la galette mais le feeling musical et la recherche en termes de songwriting -les textes de Caroline Delavault évoquant folie et persécutions professionnelles ne sont pas des plus enjoués mais voguent avec inspiration entre la radicalité de Benighted et la verve Brutal Truth- installent Hectic Patterns comme un sextet à l’avenir radieux.

DemisRoussos81

ASIDEFROMADAY - "Manufactured Landscape"



1)Geodesy, 2)Seven Days In Theory, 3)Alone, 4)The Idea Of Creation, 5)Friction, 6)Arcane §Fondation, 7)March Of The Stones, 8)Geocentrism, 9)Here Comes The Man


Après "Divine Proportion" en 2005, Asidefromaday a sorti "Manufactured landscape" en octobre 2008 chez Division Records. Le groupe se compose de David Demesmay (basse), Fred Nivard (chant et clavier), Nicolas Chevailler (guitare) et de Julien Loizeau (batterie). Au menu de quoi arroser nos tympans d'une bonne sauce metalcore. La voix saturée, dans la lignée de Wolves In The Throne Room, leurs cousins un chouia plus extrêmes, Asidefromaday nous donne pourtant de quoi briser les clichés sur le hardcore. Les accalmies sont assurées par les instruments ou l'absence de chant, et pour le reste on se laisse porter par la vague brutale d'une voix qui effiloche et recouvre les lignes instrumentales. Ca gueule franchement des paroles qu'on ne comprend pas, et j'ai envie de dire: on s'en cogne, la musique c'est aussi un met qu'on aime savourer cru.

Brutalilté et tourbillons sont les mots d'ordre de cet album, qui couplés à un rock post-atypique vous donne une idée de la tronche de cet animal souterrain, mais même-là mon profil musical reste approximatif, et à moins de connaître par coeur l'album à force d'écoutes, a priori Asidefromaday n'est pas évident à débusquer au cours d'un blindtest. Le groupe sort des rangs du hardcore, se fait la malle pour expérimenter le post-rock, puis déchaîne de nouveau un chant qui grogne. Alone débute dans la mêlée, et Fred ajoute son grain de sel, un ajout qui pique et vrille l'harmonie des compositions. Disons que les instruments sont l'atmosphère du groupe, et Fred la Bête libérée qui saccage et fait monter la rage en créneau. March Of The Stones et The Idea of creation déchaînent plus brutalement les poussées vocales de Fred et l'on revient à un hardcore moins subtil, franc, assassin. La source du metalcore refait surface avec Here Comes The Man, un morceau cataclysmique qui se prolonge soudainement sans chant avec un niveau sonore tempéré, contrôlé. Le calme après la tempête en somme alors que la plupart des morceaux sont aux antipodes de la douceur de vivre.

La délectation à écouter la violence est pleine, et pour ma part je m'éclate avec ce hardcore barré. Chose certaine, le chant clair fait office de martien dans cet album car il n'y en a pas la moindre petite parcelle. On sait derechef à quoi s'attendre, du souffre, des cris, des claques en veux-tu en voilà. Seul Friction débute timidement en comparaison avec les autres morceaux. Sans chant, les instruments forment une spirale aliénante, répétitive mais dynamisée par la course folle des sons. Pendant plus de 3min30, on savoure l'absence jusqu'à ce que la tumulte revienne clamer sa surprématie. Avec Arcane § Fondation Asidefromaday montre la virtuosité de ses membres qui ne sont pas que des brutes avides de chocs auditifs, et qui montrent ainsi que la violence telle qu'ils la jouent n'est décidément pas un son par défaut mais bien le choix d'un son agressif et puissant. Une reissue de l'album est prévue pour octobre ainsi qu'une tournée européenne. J'ai hâte de les voir en Live!

Charlotte Noailles.

GOJIRA - "The Way Of All Flesh"



1-Oroborus, 2-Toxic Garbage Island, 3-A Sight to Behold, 4-Yama's Messengers, 5-The Silver cord, 6-All the tears, 7-Adoration for none, 8-The Art of dying, 9-Esoteric Surgery, 10-Vacuity, 11-Wolf down the castle, 12-The way of all flesh.

Gojira - The Way of All Flesh

Gojira, soit Godzilla en japonais pour les férus de langues, est devenu l'un des seuls groupes de death metal français à connaître actuellement une postérité mondiale, eh oui rien que ça. Depuis 1996, année de la formation du groupe, Gojira a déjà parcouru une bonne trotte dans le paysage musical avec une discographie riche à faire palir d'envie: déjà quatre démos, "Victim", "Possessed", "Saturate", "Wisdom Comes" (le groupe s'appelle Godzilla à l'époque) et quatre albums sous le nom de Gojira: "Terra Incognita", "The Link", "From Mars to Sirius" et leur dernier né "The way of all flesh", sorti en octobre 2008. Le groupe de metal symphonique français Adagio commence lui-aussi à se faire une belle réputation, mais pour l'instant aucun groupe français de death metal actuel ne surpasse le succès de Gojira. Avant même d'avoir eu l'occasion d'écouter un seul morceau du groupe, sa popularité le rend déjà incontournable. Qui en effet n'a jamais entendu parler de ce fameux combo? Pour info, celui-ci est composé de Joseph Duplantier au chant et à la guitare (également bassiste dans le groupe de death metal Cavalery Conspiracy dont le premier album est sorti en mars 2008), de Mario Duplantier à la batterie, de Christian Andreu à la guitare et de Jean-Michel Labadie à la basse.

A la veille du concert du groupe au Bikini (Ramonville), il est bon de rappeler qu'il faut pressement oublier le film pour préférer l'écoute de "The way of all flesh". Au nom Gojira se rattache tout un ramassis d'idées: le groupe est enragé et brutal, encore un groupe de death qui pulvérise tout et arrache les tympans. C'est vrai, et pourquoi s'amuser à le nier, la musique du groupe est massive, et au premier abord on fait trop facilement l'amalgame entre le lézard casse-tout du film et le groupe, en se disant que les compos doivent être bourrines de A à Z. Eh non, pas seulement, la grosse brute française démontre au contraire un talent de composition déroutant, et surtout porteur d'un message. Et si le nom Gojira ne faisait pas référence au côté sauvage de sa musique, mais avant tout à la symbolique de l'Homme comme être de chaos et de destruction. Ne sommes-nous pas en train de dévaster le monde, ses ressources, la nature ainsi que toutes les espèces qui y vivent? Gojira continue de prendre position dans ce dernier album. Lorsque l'on fait attention au chant, que la voix de Joseph Duplantier porte rageusement, on comprend l'essence même du message de l'album, nous sommes tous périssables et la mort peut nous ramener à elle à chaque instant, mais n'est-ce pas un discours entendu et rabâché depuis des lustres? Oui, et pourtant ce n'est pas dans le but d'exprimer une souffrance individuelle et égoïste que le groupe délivre son message, mais bien au service d'une cause humaine, de l'écologie dans un cri d'alerte et des paroles qui dénoncent, comme dans l'explicite toxic garbage island, take this pestilent destruction out of my way, the great pacific garbage island patch is exhausted, and the world is sliding away, in a vortex of floating refuse, with the sacred one you have lost, plastic bag int he sea, It's a plastic bag in the sea. Notre monde plonge le nez dans ses immondices, ne prend pas les mesures nécessaires à la sauvegarde de notre planète, a sight to behold: but I don't still get the point, what's worth destroying all the worlds, try not to get it anymore. Si l'on entend parler du groupe partout, c'est bien parce que ce quatrième album casse sacrément la baraque puisque Gojira réaffirme sa place au sein de la scène metal tout en dépassant les enclaves du genre: un groupe qui s'affirme clairement dans ses interviews en faveur de l'écologie et qui pointe du doigt le massacre des autres espèces, animales et végétales, il faut l'avouer n'est pas courant. Qui croirait qu'un groupe de death metal s'embarrasserait des causes humaines. Au délà des riffs death, au delà des hurlements rauques il y a bien quelque chose de transcendant, encore faut-il accorder de l'importance aux paroles. Il est vrai que le groupe existe avant tout pour sa musique, mais est-il bien longtemps dissociable du message qu'il porte? A première vue, le groupe est violent, bourrin etc... mais à mesure des écoutes il ne se résume plus qu'à ça, et le chant se révèle car au contraire de la plupart des groupes de death metal, les textes de Gojira sont parfaitement compréhensibles, encore faut-il comprendre un chouia l'anglais, langue qui a par ailleurs contribué à l'exportation du groupe.

Dantesque, c'est le mot qui me vient à l'esprit alors que je suis maintenant habituée à la brutalité des compositions, et pas que! Les moments calmes ne sont pas absents de l'album, et c'est au contraire de groupes comme Dagoba ou In Flames que Gojira démontre son aptitude à passer du bourrin à la plénitude, comme bien après la fin du morceau the way of all flesh qui abandonne le silence pour une plage sans paroles, uniquement instrumentale et posée. On retrouve le calme avec the silver cord et ses arpèges fluides qui créent une ambiance douce et pénétrante, et pour revenir sur a sight to behold on peut désigner le morceau comme le plus atypique de l'album, c'est aussi celui dont on distingue le mieux les paroles avec des notes qui sonnent électro sans heurter les fans des sons trapus. Cette particularité sonore se fond bien avec l'ambiance mastoc du groupe. Pour une fois, je ne vais pas en dérouler des kilomètres sur la composition, ni même décortiquer les morceaux un à un, je vous invite à le faire vous-même, et à l'aide de plusieurs écoutes Gojira vous dévoilera vite sa philosophie humaniste au delà de la grosse brute du death metal. Le tout est compatible, promis.

Charlotte Noailles.

THE SEVEN MILE JOURNEY - "The Metamorphosis Project"



1-Theme for the Elthenbury Massacre.
2-The Catharsis Session.
3-Identity Journals (anonymous).
4-January 4th-The Hypothesis Hours.
5-A Sanctuary for Lugubrious Tracy.
6-Purification-The Journey Transcriptions.

Décidément les groupes purgés de chanteur courent les rues depuis quelques années, et The Seven Mile Journey fait partie de cette tripotée de groupes qui ont tous en commun d'accoucher d'albums chimériques tout en étant singulièrement différents les uns des autres. Au hasard des écoutes je tombe de plus en plus sur des formations qui ne comptent pas de voix dans leurs rangs, comme pour pousser la composition instrumentale jusqu'à son zénith. Mais alors que vont devenir les brailleurs et autres voix chatoyantes, je vous le demande. Pour l'heure je ne vais pas m'en plaindre, un peu de variété ça ouvre l'esprit. Avec The Seven Mile Journey, la musique existe pour elle-même, détachée des textes et de la langue, et cette formule sans chanteur fonctionne à merveille. Depuis la sortie de "The Metamorphosis project", le court et second album autoproduit du groupe (après "The Journey studies" en 2006, et une démo "The Seven Mile Journey" en 2001), les quatre danois commencent à se tailler une belle réputation via les concerts et le soutien de webzines centrés sur la musique alternative. Probablement du fait de la place centrale laissée aux instruments, le groupe réussit à créer des atmosphères abouties formant un tout élaboré qui ne lasse pas l'oreille, et pourtant la répétition est centrale dans ce cercle musical. Je pense aux groupes Stars of the Lid ou encore Godspeed you! Black Emperor qui jouent aussi sur ce même motif. S'inscrivant dans le genre "expérimental" The Seven Mile Journey apparait pourtant comme une étrangeté, un paradoxe en soi qui se sert volontairement et excessivement du schéma répétitif qui va à l'encontre de l'expérimental. La récidive est là, de façon systématique, comme celle qu'on trouve dans bon nombre de groupes comportant un chanteur.

Là où Dona Confuse fouille les possibilités et envoie les instruments en vadrouille, The Seven Mile Journey rallonge ses accords, qui aussi travaillés soient-ils, se répétent à l'infini. Les deux guitares ne font pas la même chose, mais elles déploient une symphonie régulière qui revient en leitmotiv constant dans lequel la répétition se fait vite sentir. L'une des guitares joue quasi systématiquement la même chose du début à la fin, elle s'acharne à utiliser les mêmes accords le plus longtemps possible. Dans tout l'album cette guitare s'occupe à la fois de la mélodie et de la rythmique tandis que la deuxième opère les variations qui s'imposent. Il y a quelque chose de singulier dans cette manière de superposer les instruments sur un fond sonore qui ne bouge pas d'un chouia de tout le morceau, mais heureusement pour nous ce fond sonore varie à chaque piste de l'album, sinon on en viendrait à se coller un revolver sur la tempe. Sans y faire attention, on répére donc très vite les notes qui seront démultipliées pendant tout le morceau, mais étrangement The Seven Mile Journey n'en devient pas insupportable, car cette guitare irritante n'en reste pas moins un atout dans la création de l'ambiance. On se laisse docilement emporter par cette piste facile à suivre, tout en appréciant les subtilités sonores des trois autres musiciens. A Sanctuary for Lugubrious Tracy et Identity Journals (anonymous) nous projettent une multitude de sons qui envoient l'esprit se balader du côté de la tourmente. The Catharsis Session n'a rien d'une ballade de santé, on fonce en aveugle sans avoir la moindre idée de l'endroit où l'on va atterir. La musique va t-elle se poser? ou continuer son étrange escapade, traçant de longues routes de ces notes allongées, défiant temps et patience tandis que dure notre état d'attente, "Et le refrain où se planque t-il?". On en vient à désirer l'apparition soudaine d'une note brutale, d'un riff de trop qui casserait cette machine bien huilée mais qui exhale une tension certaine. Pas un silence, pas un souffle n'entrecoupe ces lignes de notes qui n'en finissent pas. Les morceaux filent leur bout de chemin, sans bouleversements radicaux, comme pour nous dire que nous n'arriverons jamais au bout du voyage. C'est flagrant comme la répétition définit les morceaux, et pourtant je n'arrive pas à me lasser des pistes mystérieuses qui se déroulent devant moi. On se sent absorber par l'univers des danois, et mes oreilles frustrées par ses enchainés d'accords sempiternels ont du mal à décrocher pour regagner la surface. La musique file sereine et constante et il n'y a rien à redire. Identity Journals anonymous est le plus bel exemple de cette redondance aliénante qui n'en est pas moins hypnotique. La multitude des notes arrangées dans cette sphère répétitive est probablement ce qui fait que leur musique reste un véritable plaisir à écouter.


Charlotte Noailles.

EXOTIC ANIMAL PETTING ZOO - "I Have Made My Bed In Darkness"


1. Seeds 2. Anniversary Psalm 3. Hairdresser 4. A Balloon Enters Kyoto City 5. Moonshoes 6. Every Waking Moment 7. Richard Dean Anderson | One Is In Sheol, The Pit   8. a) Translations 9. b) Curse Of The Sands 10. These People Refuse To Believe That The Lake Is Bottomless 11. Ira Lore 12. Arendering


Dans la catégorie des OVNIS musicaux, il faudra désormais compter avec EAPZ. Sur leur album "I Have Made My Bed In Darkness", point de points (justement) de repères pour ceux qui ne se sont toujours pas mis à ce style dé-sty qu'est le métal expérimental. Et pour ceux qui s'y sont mis alors? Rassurez-vous: nos intéressés de Crown Point, Indiana, ne sont pas exempts d'influences. 


L'album s'ouvre sur "Seeds", dont le début nous plonge dans un univers clairement gothique, voir industriel, mais qui n'est pas l'univers global de cet opus. Le départ est foudroyant, et c'est juste après une courte introduction hurlée typique de la nouvelle scène métal hardcore Américaine que le groupe nous dévoile un autre aspect de sa personnalité. Nous sommes à la 2eme minute de cet album, et Exotic Animal Petting Zoo a déjà mis les choses au point. La voix exploite son falsetto, le jeu se fait plus fin, les guitares plus jazzy. Ca vous rappelle quelque chose? Psykup, ou encore Fantômas diront d'autres, toujours est-il que les accélérations ultra-violentes succèdent sans fin visible a des freinages Jazz, ou parfois Post-rock (a la Sigur Rós).  


Ce côté Sigur Rós justement, on le retrouve sur "A Balloon Enters Kyoto City", qui se révèle (après une intro dont le tout début n'est pas sans rappeler les Deftones) sous une forme un peu plus Dub certes, mais tout aussi planante. Cette chanson est un repos aérien bien mérité après le terrible "Hairdresser", cet océan de notes trébuchantes, de poussées dillingeresques, de changements de signatures de temps innombrables. Oui c'est vrai, on aura beaucoup d'occasions de penser a Psykup sur cet album, mais le groupe dépasse les Toulousains en cela qu'ils ajoutent sans complexe des éléments noise bien marqués (comme le démontrera un peu plus tard le magistral "Every Waking Moment"), ainsi que des petites touches southern rock. 


Le groupe fait aussi usage massif de voix parléà travers l'album, souvent modifiées pour sonner comme des transmissions radiophoniques (une coutume bien connue de la scène noise d'ailleurs). Sinon, la recette reste la même. On dira qu'ils n'ont rien inventé, et c'est absolument vrai. Les changements de styles à raison de 5-6 changements toutes les 8 secondes comme c'est parfois le cas ici, ces explosions musicales frénétiques rappellent bel et bien Fantômas. Ces parties Jazz funky sont également des marques de fabrique incontestables de bien de nouveaux groupes comme Capillary Action, ou de moins nouveaux comme les grands du mathrock Don Caballero. Les virées metalcore évoquent, elles, un énième émule de Dillinger Escape Plan. C'est la loi de la jungle: le premier arrivé est le premier servi. Mais tout cela est malgré tout vraiment très très bien ficelé. Ce n'est pas nouveau, mais c'est du bon. Et cela reste une approche très originale que seule une toute petite minorité de musiciens adopte autant à fond. Et aller, parce qu'il faut quand même le dire, ce groupe à vraiment le don de s'approprier la musique pleinement, aussi ne pensera-t-on pas au plagiat pendant l'écoute, mais bien à l'inspiration. S'il fallait prendre une image, on pourrait dire que le genre dans lequel opère (entre autres) Exotic Animal Petting Zoo est à la musique ce que la récente "fusion food" est à la gastronomie. 


Mais finalement, ce que proposent nos intéressés, c'est bel et bien de caresser des animaux exotiques, non? Reste à savoir combien de temps le monde mettra pour s'accoutumer à ces safaris que de plus en plus d'agences s'emploient à proposer...