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GENERIC - "Open City"



1. Open City, 2. Pink Lady, 3. Les Folles Avec Les Fous, 4. Le Pont Des Suicidés, 5. Paragraphe, 6. Little Yellow Jacket, 7. You Save me, 8. A-Theme, 9. Comtesse 666, 10. Barbara Slow Motion, 11. Escher, 12. Your Brother Is Dead, 13. Open City (Sub Urban Area)


Generic - Open City

C'est au début de l'année 2005 que Sylvain et Fred, respectivement Loud Sylvain et Furious Fred, fondent Generic, et c'est en 2008 à l'occasion des Eurockéennes de Belfort que je les découvre sur scène et fais connaissance avec leur musique. Je me rappelle de ce duo pour l'intensité qui émane d'eux sur scène, car dès qu'ils se mettent à jouer on plonge aussitôt dans leur jeu de transe, absorbés par leur dialogue furieux et complice mêlant de douces entrées en matière à des parties lourdes et violentes. Sorti en 2007, "Open City" est un premier album qui se veut d'emblée éclectique, ne serait-ce que par les métamorphoses qui se réalisent d'un morceau à l'autre, ainsi que par les atmosphères sombres qu'elles mettent en place. L'album se définit par son obscurité, une caractéristique qui le dessert du même coup, car à la première écoute l'album peut sembler difficile d'accès, pourtant on aurait tort de s'arrêter à la noirceur qui déborde de Generic. Au delà du heavy noise qui semble dévaster la douceur, la basse et la batterie sont soutenues par des visiteurs de passage et constamment renouvelées, car le duo fait émerger le substrat de différents univers qu'il serait difficile de transmettre sans aide extérieure. L'aura de Generic se définit aussi par l'importance de mettre en musique un univers visuel qui nous renvoie à des sentiments et des émotions familières. Generic met en musique ce que le cinéma a mis en image: la peur, les relations humaines, le mystère et les intrigues sombres. D'un morceau à l'autre, le duo basse/batterie se fait notre guide au travers de mutations constantes d'impressions et de ressentis.

Le duo basse/batterie fait débuter son premier album avec le titre éponyme Open City, qui se trouve être davantage une introduction qu'un morceau à part entière. Pré-enregistrée, elle nous permet d'entrer doucement dans l'album avec des notes empruntées à la musique électronique. Pink Lady, le second morceau nous propose ensuite un son radicalement différent, brute et étranger à la douce mise en bouche proposée par Open City. On perçoit alors tout le punch du groupe qui se défonce avec des appuis percutants de Sylvain sur les toms de sa batterie. Ces à-coups se répètent dans le morceau et rythment les hochements de tête qui virent vite en mouvements compulsifs. On entre chez eux sans y faire attention, en se laissant envouté par ce combo singulier. Il y a cette impression de partir sur les rails, comme avec le morceau Little Yellow Jacket où la musique semble d'abord en difficulté, comme enraillée et incapable de fournir un son propre et linéaire. La première impression se confirme vite avec un Loud Sylvain qui porte bien son nom puisqu'il crie d'une voix éraillée, déchirée et irrégulière. Furious Fred l'appuie à la basse avec des lignes de basse étouffées et grinçantes, les doigts se baladant sur les cordes afin de faire gémir l'instrument.

Ces deux là savent jouer sur tous les registres, avec des emprunts à la musique de chambre, douce et enfantine dans Le pont des suicidés, qu'on retrouve aussi avec A-Theme par de doux chocs contre le verre, comme si un enfant s'amusait à faire de la musique en tapant sur les objets alentours. Les multi-effets utilisés dans leur album permet à Generic de proposer davantage que du rock massif. L'absence de guitare et les notes graves utilisés par Furious Fred donne dès l'entrée le sentiment d'une ambiance lourde, que les arrangements permettent d'alléger. La teneur des morceaux tient aussi bien dans le jeu des effets et des voix que dans la musique Live du duo. Avec Les folles avec les fous les instruments ne sont plus seuls à s'allier en un duo rageur et c'est via un duo vocal des deux musiciens que le morceau commence. Dans Comtesse 666 on se trouve cette fois en plein cauchemar, avec une voix féminine qui semble terrorisée par une présence menaçante.On se croirait même devant son poste de télévision les yeux fermés par la peur, les oreilles percevant l'ambiance d'un film angoissant. Le morceau nous plonge dans un univers tout droit sorti d'un film d'horreur, le 666 nous rappelant par ailleurs l'écho au chiffre du diable. A la fin du morceau, Generic continue son exploration avec un nouveau morceau, comme si le duo cherchait à proposer une visite guidée de différents univers. On plonge dans le roman noir avec Comtesse 666, dans le film de Western avec Escher, mais on trouve aussi la participation ponctuelle de la musique classique avec le rajout d'un violon dans le morceau Save me. L'album porte bien son nom car je trouve l'univers de Generic très imagé. "Open City" semble être une ville de la pluralité, une ville où les mondes parallèles se côtoient. Le duo semble tirer une grande inspiration dans l'audiovisuel, une impression qui résulte du choix de superposer des voix off à leur musique. Dans Paragraphe Generic retranscrit musicalement un dialogue entre un homme et une femme qui semblent tirés d'un vieux film en noir et blanc aux plans troubles ou distants de nous (l'enfance nous paraît appartenir à une autre époque)."Open City" est un support d'images, un album photo ou une série de courts-métrages. Generic nous offre un rock lourd et profond, un groupe inhabituel qui vaut la peine qu'on s'y arrête.

Charlotte Noailles.