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MILES DAVIS - "Kind Of Blue"



1. So What 2. Freddie Freeloader 3. Blue In Green 4. All Blues 5. Flamenco Sketches


« Kind Of Blue semble toujours offrir quelque chose de nouveau. Si nous continuons à l’écouter, inlassablement pendant toute notre vie, c’est peut être parce que nous sentons qu’il y a toujours plus, encore d’autres choses que l’on n’avait pas entendues. Ou simplement parce que nous aimons aller régulièrement faire un petit tour au paradis[1] ».

Il est de ces albums qui font consensus, à la fois encensés par les profanes et cités comme référence par les puristes. Kind of Blue de Miles Davis est incontestablement de ceux là. Faisant partie des plus grosses ventes de l’histoire du jazz, avec Bitches Brew du même auteur et A Love Supreme de John Coltrane, même la critique, pourtant acerbe à l’égard des artistes passant du statut de révélation à celui de star, s’accorda sur l’exceptionnelle qualité de l’œuvre, les plus sceptiques accusant simplement une certaine morosité par rapport au jeu habituel de Miles. Ceux-ci étaient alors loin de se douter que c’est ce ralentissement de tempo qui allait faire passer l’album à la postérité, mais nous y reviendrons plus tard.

Nous sommes en 1959, Miles Davis n’a que 30 ans mais son premier opus solo, Cool Boopin, a été réalisé 11 ans plus tôt et, si le trompettiste a déjà sous le bras une vingtaine d’albums studio ( !), il n’a mis sur pied son premier chef d’œuvre que deux ans plus tôt avec la BO du film de Louis Malle, Ascenseur pour l’échafaud. Fort de ce succès, Davis décide d’employer la même méthode d’enregistrement : privilégier la spontanéité en mettant les morceaux en boîte au terme d’une seule prise -seul le final « Flamenco Sketches » sera enregistré en deux prises ( !).

Miles veut en fait tendre vers une épuration ultime, tant en termes de capture des sons que du jeu de chacun des musiciens. Pour ce faire il constitue LE groupe incomparable s’adjoignant les services du fin Paul Chambers à la contrebasse menant une interprétation débordante de groove, du maître du swing derrière les fûts : le félin et discret Jimmy Cobb, du lyrique et imprévisible Cannonball Abberley au saxophone alto et surtout du pianiste virtuose Bill Evans au jeu, ici, si poétique ainsi que du grand John Coltrane et ses inimitables mélopées de velours, si feutrées. Mais chacun de ces virtuoses n’intervient ici qu’à une seule fin : concrétiser le concept de Kind Of Blue, concept très bien résumé par l’artisan principal du projet : « pourquoi produire tant de notes alors qu’il suffit de jouer les plus belles ». Davis décide donc de clarifier au maximum les structures, de les étirer à l’infini en laissant chaque instrument distiller son quota de notes frissonnantes sans juxtapositions non pertinentes. « Blue In Green » n’est par exemple soutenu que par le piano extraordinaire de subtilité et de fluidité de Bill Evans, Miles Davis et Coltrane venant délivrer tour à tour leur partition veloutée, sans vibralti superflus ou déluge de notes inutiles, préférant exploiter au maximum une même gamme en diminuant ou augmentant les mesures -de façon cyclique sur ce morceau- : Miles Davis vient d’inventer le jazz modal. Pourtant, les passages doucement galopants de « So What » et « All Blues » ou encore le pur blues « Freddie Freeloader » (avec la présence unique du virevoltant Wynton Kelly au piano) viennent enrichir cet album de contrastes. Mais, quelque soit le rythme, chaque note, chaque souffle, chaque silence est empreint de la même beauté sculpturale. Achevons cette chronique dithyrambique sur la pièce suprême de cet effort : « Flamenco Sketches » (surtout sa version réenregistrée présente en bonus sur la réédition de l’album) avec un Miles oscillant entre cris vindicatifs et douceur envoutante, un Bill Evans majestueux et un Coltrane enchanteur lors de son entrée à l’orée des deux minutes (dans cette seconde version, les cuivres et le piano refondent totalement leurs parties sur cinq gammes… rien que d’en parler…).

Un disque incontournable donc, vibrant de retenue, de poésie mais aussi éblouissant de maîtrise technique (quelle fluidité) : le tout en une prise ! Un son encore excellent aujourd'hui -n’oubliez cependant pas que ce disque à 50 ans- et les prémisses des révolutions impulsées plus tard par le génie Miles (In A Silent Way, Bitches Brew, Aura).


DemisRoussos81
[1] Robert Palmer, ancien critique principal de musique pop pr le New York Times. Auteur d’ouvrages et de documentaires consacrés au rock. A aussi travaillé avec, entre autres, Bono, Ornette Coleman, Keith Richards.

2 comments:

coconut a dit…

Miles! ça faisait un sacré bail que j'en avais pas écouté. Grâce à ta chronique j'y rejette une oreille. Ce sont mes voisins qui vont apprécier. à +

DemisRoussos81 a dit…

J'ai oublié de préciser le genre (en fait je l'avais faitmais lors du postage... pschiiiitt), il s'agit donc de JAZZ MODAL/COOL JAZZ...
Bon en fait on s'en fout tant que ça désausse